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5. — Un beau paysage.
 


Voici le cinquième article qui se promène parmi les noms de lieux de Bonnut, ceux qui sont expliqués figurent en gras dans le texte, en italique on pourra reconnaître les mots qu’ils représentent, le plus souvent en gascon.

Un village s’installe dans un paysage, ici, on peut déjà dire que nous sommes déjà en Chalosse. Dans les fonds du nord, la plaine était une lande, un gèrt, nous le retrouvons sur les plans comme le Gèrt, ou lou Yèrt, nous y trouvons deux maisons portant ce nom, Cap de Gèrt, qui pourrait montrer où commence cette lande et Yertou (Gerton) qui doit en être un petit bout. Une partie de cette lande était boueuse et, pour cela, elle se nomme las Bardenas, tout comme une région de la Navarre sud (près de Pampelune) qui est un vaste territoire désert modelé par les eaux.

Dans ces terres basses courent de petits ruisseaux qui sont des arrius, il y avait même une maison Larriu, mais elle a disparu, entre Courné et Yoy. Les arrius portent le plus souvent eux-mêmes le nom d’une maison (Cabin, Hourquet, Yoy, Lavignotte ou Ranquine), sauf le majestueux Oursau (l’Orsòu) dont le nom a l’honneur de provenir d’un très vieux nom, d’avant même les Romains, que l’on trouve également dans de très nombreux cours d’eau en Europe ! La racine est *osse, et on la trouve dans les Ousse, Ouse ou Oussa (il y en a plusieurs, même en Angleterre et en Russie), Ossau, Ouzoum, etc. Ce nom signifie probablement « cours d’eau ».

Les fonds de vallée se nomment des arribèras, il y a même eu une maison Larribère, mais je ne sais pas où. Ne pas confondre arribère et rivière, l’un vient du latin ripa, la rive, et l’autre de rivus, la rivière ; partout, en occitanie, les ribèras sont des fonds de vallée et non les cours d’eau (la ribère de Garonne).

Plus haut, un endroit, plutôt plat, même réduit, fait alors figure de plaine et on l’appelle Laplane (la plana).

Les terres gagnées sur la lande sont des terres nouvelles, des naverars (Nabéraà, disparue, entre Putz et Hourquet) ou la nau (Lanau). Faites tout de même attention, en Gascogne, il y a des maisons qui se nomment Lanau sur le bord des rivières, il se peut que ce soit la maison du naulèr, le passeur qui se sert d’ua nau (une nef). Si on gagnait les terres sur des forêts, on devait pratiquer la treitura (le défrichage), et une maison se nomme Treyture.

Puis on monte sur les coteaux, pour cela nous devons aborder le versant, lo candau, deux maisons portent ce nom, Candau Devath d’abord et Candau de Haut ensuite. Cette montée est une côte, et nous avons deux maisons Lacoste (la còsta) dans la commune, ce qui nous montre encore une fois que cette commune regroupe deux paroisses, en effet, il ne peut y avoir normalement deux fois le même nom dans une même paroisse ; ici, la première est au nord de l’église Saint- Martin, la seconde est à côté de Boat. Une petite côte est un costet (Coustet), si vous savez où est cette maison, vous comprendrez le genre de petite côte. Une méchante côte est ua costassa (maison Coustasse). Le coteau c’est lo cot (maison Cout), quand il est petit, c’est un cotòt, il y a une maison de ce nom à Saint-Boès.

Le sommet de la colline, dans notre région, est lo poi (maison Pouy). Ce nom est la version gasconne du latin podium, et tout le monde sait qu’on peut monter dessus. Dans tout le monde latin on peut monter sur des pey, puys, pechs, ou poix, c’est la même chose, sauf qu’on a les puys qu’on peut, et ceux de Brassempouy sont moins considérables que ceux du Puy-de-Dôme. Et, surtout, ne pas confondre Pouy et lo Putz, la maison suivante sur la colline, la dernière représentant bien « le puits » qui devait être très profond à cet endroit élevé.

Du temps où Bonnut était un village frontalier*, il fallait l’hérisser de forteresses menaçantes. Le célèbre tarruc de Montargou, qui porte des traces médiévales très visibles, a sans doute hérité, tellement il paraissait beau, du nom d’une célèbre forteresse aragonaise, visible près de Huesca, le Monte Aragón. Ces dénominations de prestige étaient à la mode, comme Moncade, dont le nom provient du château catalan de Moncada.

Comme fortif’ on peut voir également la Redoute, au bout du bourg, son nom est outrageusement récent et date seulement du cadastre. Il ne faut pas l’employer. Le vrai nom est lo Casalòt. Une autre fortification se trouvait à Castéra (casterar, du latin castrum, château) ; stratégiquement, la position se comprend, mais on ne voit rien, sauf le chemin qui se divise en deux pour s’en écarter de part et d’autre. Deux autres fortifications fantômes sont inscrites dans un nom de maison, Lamothe, et un nom de lieu, Tarruc (un autre) tous deux à l’extrême nord de Bonnut, les mottes castrales (motas, motars ou tarrucs en gascon) étaient nombreuses, à Orthez, il y en avait une petite, c’était la Moutète, elle a été rasée, celles du nord de Bonnut ont été aussi effacées, on ne les voit plus.

Mais n’oublions pas Castèth, qui désigne globalement tout le hameau de Sainte- Marie et même l’ensemble des quartiers sud. Il n’y a pas si longtemps, pour la fête qui se déroulait chez Maître, on parlait de la hèsta de Castèth. Où était ce château, était-ce le Montargou ?

À mon avis, on n’a pas fini de se poser des questions, et on voit bien que les noms de lieux de Bonnut portent en eux les richesses de notre passé. Souvent même, notre passé ne se voit qu’en eux. Ce sont les seuls monuments que nous ont légués nos ancêtres. Un moment d’inattention, pfuit ! ils ont disparu à jamais. Protégeons-les !

Christian LAMAISON

(*) Le nom de Bonnut signifirait « frontalier », du latin bonda, frontière, avec la terminaison gasconne –ut, qui marque la qualité. Au début, c’était sans doute bondut (« qui est à la frontière ») et le groupe de lettres –nd– change chez nous en –nn–, comme il change pour lande, ou brande (landa/lanna, branda/branna).