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— Quin t’apèras ?
— Cap d’estèra.
— E lo petit nom ?
— Cap d’estronc !

— Comment t’appelles-tu ?
— Tête d’écaille de bois.
— Et ton prénom ?
— Tête de bûche !

 
3. — Quin t'apèras ?
 

Il n’est pas inutile de rappeler que notre nom est complété d’un prénom depuis le treizième siècle environ. Avant, on n’avait qu’un nom individuel : le nom de baptême. On s’appelait donc Pierre ou Paul et ça suffisait bien pour nous, les petits. Mais, petits ou non, on avait quand même à se débrouiller pour indiquer de quelle famille on faisait partie.

Chez nous, les gens ne bougeaient pas autant que les serfs du centre de la France ; on pouvait indiquer le nom de la maison dans laquelle on restait assez longtemps. On disait, par exemple, Jean « de Tellemaison ». Et c’était bien utile lorsque les hommes, pour un quart du village, s’appelaient Pierre ou Arnaut ! Et puis, sans qu’on y prête attention, quelques maisons ont fini par prendre le nom de baptême de leur occupant. On a même vu à Bonnut, des maisons changer de nom plusieurs fois.

De ces noms de baptême très répandus, on devait distinguer leurs propriétaires entre eux, on peut voir comment.

De quel Pierre parles-tu ?

Pierre, c’est Pèr (on dit « pè ») dans le sud, Pèir (on dit « pèy ») dans le nord de la Gascogne, c’était le nom le plus utilisé, et de loin. Pour savoir de quel Pierre on parlait, on disait que c’était celui du Bois (Pèr de bòsc, Pédeboscq)*, ou que c’était Pierre l’Enfant, Pèr còche (Pécotche, dans le bourg, chez Marcelle), ou alors le tout-petit, Pèr chicòt (Pèchicot), ou encore celui qui avait un nom double, Pèr-Martin (Pémartin).

Pour Arnaut, le nom le plus répandu après Pèr, on aura un diminutif, Arnauton (Arnautou) et un nom composé avec cet autre nom de baptême, Dat, qui signifie « donné » (Arnaudat). Ce Dat, d’ailleurs, on le retrouvera avec Raymond dans Ramond-Dat (Ramoundat).

Une autre façon de dire « donné », c’est de dire simplement donat, et quand on est en Gascogne, le n entre deux voyelles s’en va comme il est parti pour la lune (la lua), et on a Doat (Douat). On peut en dire autant d’un autre nom qui existait, Bonat, « le fils de Bon » qui est devenu Bouat. Encore un n qui disparaît dans ce nom, de femme cette fois, d’une certaine Lupina, La Lupina, puis La Lupia le a final se prononçant « e » chez nous et sans appuyer (Lalupy).

Des noms plus ou moins faciles à comprendre

Plusieurs maisons portent des noms qui ne posent pas de problème. Bernat (Bernard), Gastou (Gaston), Matiou (Mathieu), Miquèu (Michel) c’est une maison disparue, vers Sallespisse et aussi un nom de famille, Mariette (au bourg, chez Fouques), Robert (à l’entrée du bourg).

D’autres sont connus, mais sont des diminutifs parfois méconnaissables, comme Yo (probablement Jòrdi, Georges, plutôt que Jausep, Joseph), Jouanou (Joanon, Petit-Jean), Janoulet (Joanolet, Petit-Petit-Jean), Guillemet (Guilhemet, Petit-Guillaume). Puis, l’équivalent de Francine, Hranquina, dans une maison disparue, en bas de la côte de Labat, où coule toujours l’arriu de Ranquine. Dans un précédent numéro, on a déjà parlé de Thomas, dont le diminutif est Tomasson, abrégé en Masson (Massou). Bernadiou, nom de famille connu à Bonnut est évidemment un diminutif de Bernat.

Des noms disparus

Mais il existait de très beaux noms qui ont disparu de nos calendriers :

Vèrd ou Bèrd, dont on ne sait pas bien si cela veut dire « vert » (on se demanderait pourquoi) ou si c’est un nom d’origine germanique comme dans Albert, Robert, etc., ce que l’on sait, c’est qu’il avait une faveur telle qu’à Bonnut on en trouvera plusieurs diminutifs : Berdou (Berdon), Berdot (Berdòt) et même Berdoutet (Berdotet, près de chez Chin).

Gay, qui est une façon gasconne de dire Caius, « l’homme de la terre », le nom romain connu, que l’on retrouve en diminutif dans Gayoû (Gaion).

Guiche, nom d’origine basque que l’on trouve dans le nom du village de Guiche, que l’on retrouve à Bonnut dans Guichou, et dans Guichenuy (« celui qui vient de Guiche »). À noter, cependant, que le nom de famille Guichard n’a pas la même origine, c’est un nom répandu en Europe, d’origine germanique, comme Arnaud, Bernard, Roger, Gérard, etc.

Loup (lupus en latin), était extrêmement courant au Moyen Âge. Il a donné le nom que l’on a vu, Lupina, mais aussi le diminutif Lubet (Petit-Loup), qu’il faut bien distinguer d’un autre nom de notre pays, Lubeigt, qui signifie, lui, « grande forêt » (luc bèth).

Fort, du latin fortis, qui signifie « fort », sans problème, qu’on prononce « hòrt » en tant que gascons qui mangeons les « f », et on le trouve ici, avec le diminutif en ic, dans Hortic (Hourticq, au bourg). Ce nom entrait souvent en composition avec d’autres noms propres, comme celui de Sanz (équivalent du Sancho castillan), pour donner, par exemple, Forsans, autre nom de famille connu.

Yban, que l’on penserait être un Yvan, est en réalité un Jean basque (Saint-Jean se dit « Don Ibane » à Saint-Jean-de-Luz ou à Saint-Jean-Pied-de-Port).

Brasquet ou Dubrasquet, noms de famille de Bonnut, participent aussi d’un nom de baptême disparu dont on peut tout de même trouver la trace outre- Pyrénées dans Blasco et Blasquez. Ce nom provient du basque beltz qui signifie « noir ».

Pour conclure cette fois, il faut dire que j’ai laissé de côté deux noms incertains. Cabin, que je suis tenté de rapprocher de Gabin, Sereys, dans lequel je crois voir le nom latin Serenius.

Christian LAMAISON

(*) Jean de Pédeboscq, croit plutôt que sa maison était « au pied du bois » comme celle autre qui est « au bout du bois » (Capdeboscq). On ne peut prétendre qu’il ait tort, c’est même un des cas où l’on peut hésiter, comme on devrait aussi hésiter pour Pèdecoste ou Pèdepouey.