Maison

 



Situation



Histoire



Mairie



École



Associations



Quartiers



Infos


Littérature
bonnutienne


Nos
artisans


Vieil
album


Photos
de classes

Noms
de lieux
bonnutiens






Contact

 

 

 
6. — Nom de noms, noms de lieux.
 

Il y a eu, dans le pays, des « journées du patrimoine » un peu perturbées, cette année, par les événements. Chaque ville et chaque village a un patrimoine, s’en vante et le montre. Nous aussi nous avons un patrimoine, c’est-à-dire quelque chose que les habitants de Bonnut ont en commun. Des bâtiments communaux, bien sûr, des forêts communales, de jolis chemins, mais le seul monument, on ne le visite que le 11 Novembre, et il n’a pas cent ans. Enfin, il y a l’histoire, qui appartient à notre village, qu’on ne voit pas et qu’on ne connaît pas très bien.

Un patrimoine auquel on ne fait pas attention, qu’on ne montre pas parce qu’on le croit peu important et auquel on ne pense pas, existe bien, ce sont nos noms. Les noms des maisons, des quartiers, des lieux, des forêts, des ruisseaux.

Et c’est bien une richesse que nous avons car c’est parfois la seule trace que nous ayons de notre passé. Quand on nous dit qu’il y avait, il y a plus de huit cents ans à Bonnut un seigneur du Tilh, vous pouvez imaginer où se trouvait sa maison. Il y reste un témoin, une maison située sur une hauteur propice à porter une maison seigneuriale qui a totalement disparu, sauf le nom.

Bien sûr, ces noms posent plus de questions qu’ils ne donnent de solutions. Quelle sorte d’abbé habitait à Labat, car c’est bien un abbé dont il est question et non une vallée, sinon ce serait Labaigt. Quelle frontière passait à Lahitte pourqu’on y ait fiché un poteau (mot qui vient du latin *ficcare, enfoncer) ?

Le nom de notre village même est toute une histoire. Nous l’avons déjà dit, bonnut est un adjectif qui signifie « frontalier », le mot latin est bonda, limite ; la terminaison gasconne –ut en fait un adjectif, les lettres –nd– se transforment en –nn– comme c’est arrivé pour les mots landa ou branda, c’est simple finalement. Mais l’histoire nous apprend en même temps que notre village était tout le temps à cheval sur des limites, qu’une partie appartenait à l’abbaye de Sorde (le sud), que la partie nord appartenait à la Gascogne à t ravers les seigneuries d’Amou et de Caupenne. Ça a changé plusieurs fois, mais on distingue encore les deux parties, ayant chacune son église et son cimetière comme point de référence. Ceux qui connaissent les limites entre Saint-Martin et Sainte-Marie, savent que le tracé de la frontière est plus compliqué qu’on ne le pense.

Je ne vais pas revenir sur chacun des noms, nous avons déjà publié ici quelques significations, quelques suppositions ou quelques pistes de recherche qui nous ont montré la richesse de la variété des noms de lieux de Bonnut, mais je voudrais attirer l’attention des heureux habitants de Bonnut sur la fragilité de ce patrimoine et sur la nécessité de le maintenir en état.

Bien des noms ont déjà disparu, et même vous les avez vus vous-même disparaître, fondus comme l’ont été ces maisons abandonnées qui semblent s’enfoncer dans le sol (Nabéraà, Lavignotte) ou même qui ont entièrement disparu (Ranquine) et dont il ne reste que le nom, et encore il faut savoir où.

Il reste encore des traces dans les cadastres, surtout celui du début du dix-neuvième qui existe encore. Il indique des maisons aujourd’hui disparues, ou bien il explique la présence d’un laurier, par exemple, arbre qui reste longtemps après que les ruines aient disparu. Souvent, seul le nom reste. Ainsi, il y a longtemps que la verrerie des landes de Labeyrie (au nord de Bonnut) s’est elle-même fondue dans le sol, mais le nom persiste.

Que faire maintenant ?

D’abord, il est très bon d’en parler, de se souvenir, cela permettrait peut-être de retrouver des noms qui ne sont que dans la mémoire des plus anciens. Puis, il est important dans les opérations administratives, de désigner les lieux avec le maximum de précision. On ne devrait pas tolérer, par exemple, que les Télécom nous aient mis des pancartes sans accents, ainsi, si nous n’avons pas de problème pour lire correctement :

CHEMIN DE COURNE

un étranger lira « chemin de Courne » au lieu de « Courné ». Et, sans se donner le luxe, comme cela a été fait à Sauvelade, de mettre les noms en occitan et correctement écrits, on pourrait mieux respecter la langue. Imaginez la joie d’un touriste qui débarquerait enfin dans un pays qui sait garder son originalité, et qui ne se complaît pas à représenter un modèle standard qu’on trouve partout.

Enfin, il y a l’action individuelle de ceux qui doivent créer de nouveaux noms, c’est-à-dire ceux qui bâtissent. La majorité ont le souci de se préoccuper du nom du lieu où ils plantent leur maison. Quand il existe c’est facile. Quand il n’existe pas, on peut relever un nom proche, par exemple en accolant les mots Davant, Darrèr, Dessús, Devath ou plus simplement Nau (neuf, nouveau).

De grâce, gardez-vous de forger des noms qui, le temps passant, perdent leur signification et deviennent ridicules. J e vais en citer deux que j’ai relevés dans des communes voisines pour ne pas blesser mes compatriotes. Pas très loin, une maison qui se nomme « Voilà », voilà quoi ? M’as-tu vu ? Un peu plus loin « Kio-Ré-Kru », qui aurait cru qu’on en arrive là ? Il se trouve que je connaissais l’homme très sympathique au demeurant qui avait forgé ce nom, et je connais son histoire, mais comment les descendants vont pouvoir mettre cela sur leurs cartes de visite ?

Christian LAMAISON