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4. De qui se moque-t-on ?
 

Voici le quatrième article qui se promène parmi les noms de lieux, ils figurent en gras dans le texte, en italique on reconnaîtra le mot d’origine, le plus souvent gascon (voir encadré).

Finalement, donner un nom à une maison, ça a été souvent de lui donner le nom de son habitant. On a vu la dernière fois que de nombreuses habitations ont un simple nom de personne ou de baptême, même si celui-ci n’est plus à la mode ou plus du tout employé aujourd’hui.

Précisons encore que la plupart des maisons ont été dénommées au Moyen Âge, à une période où les habitudes avaient peu à voir avec celles que nous connaissons aujourd’hui.

De nos jours, pour trouver un nom à un nouveau-né, on se contente de passer en revue le calendrier des postes, quelques ouvrages spécialisés (Un prénom pour votre enfant) ou autres listes commentées selon des critères plus ou moins discutables, ou alors, on imite l’air du temps, combien de petites filles dans le monde vont s’appeler Diana depuis fin août 1997 ? Souhaitons-leur tout de même de ne pas trop en souffrir.

Au Moyen Âge, on ne se privait pas d’appeler son enfant « gaillard », en souhaitant, bien sûr qu’il le soit et le reste (Goaillard). Et quoi de plus naturel de baptiser son enfant « beau, joli » en le nommant Béroy ? Ou même tout simplement « le bébé » (Chin). On peut aussi comprendre qu’on puisse appeler son enfant « petit agneau » (l’anescon, Lanescoû). On peut le dire car on a des listes entières de noms donnés ainsi dans les baptêmes médiévaux. Dans le reste des pays d’oc on pourrait voir que l’imagination ne faisait jamais défaut, on a même été jusqu’à donner comme noms de baptême des expressions comme « Sois bonne » (bona sias, qui donne Bonassie). « Dieu le veut » (Diu ac vòu, qui donne Dizabau comme Dieuleveut en français). Ce ne sont que des exemples.

Et puis, la vie s’écoulant, on pouvait récolter un surnom ou sobriquet qui collait bien à la peau et que même la maison en a fini par en hériter par la suite. Je peux même commencer par la maison où j’ai vécu, Troutet, où vivait sans doute un homme qui avait certainement une façon particulière de marcher. Cet homme a disparu des mémoires, mais son image est restée attachée à cette maison.

Vous avez compris que je m’entoure de précautions pour ne pas blesser, un habitant actuel en révélant le sens du nom de sa maison, quand bien même celui-ci aurait été donné il y a huit cents ans ou plus, à une personne « qui hè topins desempuish bèra pausa*. »

Ainsi, un balzet ou Bauzet en gascon, est un vieux mot totalement incompris ici aujourd’hui, qui qualifie un « simple d’esprit », ou peut-être un « bègue ».

Quelqu’un qui était Gauch était maladroit tandis que Gauchèr était sans doute plus habile de la main gauche.

En en voulant trop faire, en voulant toujours être au four et au moulin et en se vantant d’en valoir plusieurs à soi seul, on pouvait finir par écoper du surnom très flatteur de Milomis (mila òmis), mille hommes, tant qu’à faire… Et ce n’est pas qu’à Bonnut, ce nom est répandu partout en Gascogne.

On pouvait se promener avec une toute petite sacoche, une bourse comme on en portait à la ceinture autrefois, et, si elle était notablement remarquable, on pouvait se faire appeler Pouthic (pochic, petite poche).

Et les noms d’oiseaux ? Eh bien nous avons ça aussi à Bonnut, il s’agit du pinson qui a donné les deux Pinsat. Ces deux maisons, Pinsat de Haut et Pinsat de Baish, se touchent et se trouvent à Castèth (Sainte-Marie). On a souvent donné des noms d’oiseaux aux baptêmes, le plus donné est celui du faucon, et cela dans le monde entier (Fauquet, Hauquet, Falcone, Falk, etc.), mais je n’ai pu trouver le pinson en nom de baptême.

Par contre, on ne saura jamais comment certains surnoms ont été donnés, même si on peut tenter de l’imaginer. Comment peut-on appeler quelqu’un « jeune bœuf » (Yout) ? Ou « miette, petit morceau » (Brigaille) ? Ou même « flic ! », car ce mot n’a rien à voir avec la police mais, en gascon, c’est une onomatopée, « flicar de mans » veut dire applaudir, un flisquet est un loquet qui fait « flic ! » (ou « flac ! ») en se fermant. Alors on peut dire seulement que la maison Flic a un sobriquet comme nom.

Un autre nom me semble être un sobriquet, c’est celui de Tiflet. Un dictionnaire de gascon nous dirait qu’un estiflet est une badine, bien sûr cela amène à penser qu’un enfant mince et espiègle pourrait hériter de ce nom.

Et puis, appeler quelqu’un « embarras », est-ce qu’on trouverait ça normal aujourd’hui ? Pourtant il y a des quantités de maisons dans nos régions qui se nomment Pouchiou ou Pucheu, presque une par village, il y a même des gens qui portent ce nom. Comment expliquer cela ? On peut comprendre, pour une maison qu’elle soit plantée là où elle gêne, mais une personne peut aussi se trouver toujours là où on ne la souhaite pas.

E t’at sèi, jo ?

Christian LAMAISON (*)

« Qui fait des pots depuis bien longtemps » c’est-à-dire qui est redevenu terre. Dans les pays de blé, on dit « Son cul fait farine ». Pour les noms de Bonnut, je parle toujours de « gascon » et jamais de « béarnais » car, historiquement, Bonnut n’était pas un village béarnais à l’origine, il faisait partie de la Chalosse (vicomté de Dax), il ne se trouvait pas dans l’inventaire de Gaston Fébus. Mais, quand je parle des mots, je n’ai pas à savoir quel était le prince, je considère la langue qu’on parle à Bonnut. Or, le gascon est un dialecte occitan ; en font également partie tous les parlers du Béarn, comme en fait partie le parler particulier à Bonnut, qui s’apparente autant au parler d’Orthez qu’à celui de la Chalosse. Je pourrais avoir une vue encore plus large en disant « occitan », mais, pour parler des noms de lieux de notre village, il est important de souligner qu’on reprend toutes les particularités bien propres au gascon, comme castèth et non castèl.