L’Oursau

(Article paru dans Les Saisons de Bonnut n° 22)

 

On a eu très peur que notre grand ruisseau ne se tarisse cet été et ne se sèche comme un oued. Eh bien non, malgré un étiage alarmant, il a tenu le coup. Ce ruisseau est formidable, il mérite un peu d’attention.

 

Le bassin amont de l’Oursau, à partir d’Arsague.
On comprend qu’on serait tenté de prendre comme cours principal la branche Lavignote.

 

Pour parler de l’Oursau, il faut en remonter le cours, le cours de l’eau bien sûr, mais aussi celui du temps.

Pour le temps, tant pis si nous ne savons pas grand-chose. En tout cas nous connaissons déjà son nom, l’Oursau, et nous pouvons rattacher ce nom à toute une grande famille de noms de cours d’eau ayant un nom analogue, ce sont les nombreuses « Ousse » dont on trouve des cousines jusqu’en Russie, l’Oussa, tout à fait en haut de l’Oural, il y a aussi des Ouse en Grande-Bretagne, mais nous connaissons surtout les Ousse de la région de Pau, celle qui a donné son nom à Aussevielle et l’autre des Bois. N’oublions pas l’Ossau, cette montagne qui a pris le nom de son torrent, sans compter les Ouzoum et les Osse, il y en a dans le Gers et dans les Landes. Ce n’est pas un hasard, l’explication est connue, il y a eu un temps où ils n’avaient comme nom propre que « cours d’eau », pour le dire, on employait un de ces mots courants qui étaient répandus en Europe, bien avant les Romains. On demandait alors : quel est le nom de ce ruisseau ? On ne sait pas, ça doit être une « ousse » ou quelque chose comme ça, en latin, ça faisait Ossa. Pour les distinguer ensuite, on se débrouillait, chacun à sa mode. Notre ruisseau, qui était petit, a bénéficié du diminutif –olus, ce qui faisait ossolus, et le hasard faisait qu’à l’oreille, ça sonnait comme « petit ours » ursolus, alors on a dit orsòu à la gasconne, et, bien entendu, les ours n’y sont pour rien. J’écris Oursau en français pour reprendre l’usage, mais j’enlève le « e » de Ourseau qui est parasite. Normalement, on devrait écrire Oursoô en français, comme on écrit Puyoô, c’était d’ailleurs comme ça sur le cadastre. En gascon, il faut écrire Orsòu et bien dire [oursoou].

Dans notre région, on reconnaît à un cours d’eau une certaine importance, dès qu’on lui donne un nom propre. Les autres portent des noms variables selon les lieux qu’ils longent, arriu de Cabin, ruisseau du Pas-de-Salles, arriu de Yoy ou de Lavignotte, selon les versions.

Notre ruisseau était tout de même assez important pour porter au moins trois moulins, celui de Marçau, celui de Montargon et celui d’Arsague. Celui de Marçau et celui de Montargon étaient bâtis sur des dérivations, des banius. Celui de Montargon était double, les eaux servaient deux fois. L’annexe se trouvait 200 mètres en aval. Il ne faut pas oublier un autre moulin bonnutien sur l’arriu de Cabin, au nord du village.

Pour connaître notre ruisseau, on est obligé de partir de son embouchure et de le remonter car la source n’est pas établie, il faudra la chercher. Presque aussi difficile que les sources du Nil. De toutes les sources, laquelle sera l’Oursau ?

L’Oursau se jette dans le Lunius, pardon, le Luy-de-Béarn, au sud-est de Castel-Sarrasin. La route d’Amou passe sur le pont à un peu plus d’un kilomètre du village. Pour bien voir l’embouchure, il faut aller de l’autre côté du Luy en passant à pied sur le pont agricole près du village.

Si on veut remonter le ruisseau, c’est assez difficile dès le départ. On est dans des propriétés dont certaines jouxtent la rive sans laisser de passage. On est obligé de longer de loin, au moins jusqu’à Arsague.

À Arsague, sur le bord de la route d’Amou, il y a une aire qui ressemble fort à un espace promenade. À partir de là, on peut s’aventurer en passant sur un ponceau fait de pylônes de ciment. Ne dites pas que je vous l’ai dit, cette aventure sera de votre propre responsabilité. Ainsi, en cherchant le meilleur passage, d’une rive à l’autre, vous arriverez à Poundicq (lo pondic, le petit pont), désormais, vous serez à Bonnut.

 

Le pont neuf d’Arsague.

 

Le pont vieux de Pérère.

 

Toujours par une recherche du meilleur passage, vous atteindrez l’ancien pont de Pérère et vous vous demanderez, comme moi, quelle sorte de pont nous avions là ? Il y a belle lurette qu’on ne l’utilise plus, les ronces habitent la ruine pour nous l’interdire amicalement.

Ensuite, c’est plus facile, vous arriverez au pont des Trounquets (los tronqüets, la futaie), celui-ci a plus belle allure, il porte le chemin qui monte à Lahitte et Saint-Martin. En longeant toujours, vous irez au pont de Berdot, en bas de la côte de Labat, où vous verrez un affluent, le ruisseau de Ranquine, du nom d’une maison disparue qui se trouvait en bas le la côte. Cet affluent coule en bas du Bourg et prend sa source aux environs et en amont des anciennes pompes.

De là, nous allons pouvoir trouver l’ancien débouché du canal des moulins de Montargon, bien sûr abandonné, mais qui mesurait tout de même près d’un kilomètre de long.

Vous arrivez au pont de Montargon, sur la route de la côte de l’Argelèr. De l’autre côté, vous verrez la confluence d’un ruisseau assez important, l’arriu de Yoy qui lui-même était tributaire de l’arriu de Courné. Le Yoy se nomme aussi arriu de Lavignote à partir du chemin.

L’Oursau, lui, va longer un peu la route vers l’ouest puis va s’enfoncer dans le bois. Il passera sous le chemin de randonnée et ira au moulin de Marçau. C’est près de là, en amont, qu’on trouve le confluent de l’incertitude. Jusque là il y a l’Oursau, c’est sûr, ensuite je ne sais pas.

À gauche arrive le ruisseau de Maysou, certes, moins abondant mais d’une belle tirée il longe toute la rue de Manes. À droite, le ruisseau est plus abondant, mais, de suite il reçoit des affluents, si bien qu’on ne sait plus très bien quel est le vrai Oursau.

 

le Luy-de-Béarn

L’embouchure de l’Oursau, à Castel-Sarrasin.

 

La jonction de Marçau, à gauche le Maysou.


Plus loin, une branche vient d’un lac aménagé pour le grand champ de kiwis de Saint-Boès, plus loin encore, une autre des bois de Saint-Boès, enfin, un petit écoulement provient du ravin dont la tête est occupée par le bourrier, la décharge Nord d’Orthez. Vu sa longueur, et sa direction qui est l’axe général de l’ensemble, c’est peut-être cette dernière branche qui mérite de représenter les origines de notre ruisseau.

En tout une douzaine de kilomètres.

Ce ruisseau ne s’est pas tari car il est alimenté par la grande réserve des nappes phréatiques contenues dans les collines qui l’environnent. Nos coteaux bonnutiens ne sont pas rocheux, ils sont constitués de couches de molasses, de sables fauves, qui sont capables d’emmagasiner beaucoup d’eau. Ces nappes souterraines, dont la principale affleure à l’altitude de cent mètres environ, se reconnaissent à tous ces endroits humides, las mothèras, qui font des creux sur les versants, et où se trouvent parfois des sources, des fontaines ou de simples marécages avec un peuplier ou des joncs. L’eau des pluies s’infiltre dans les sables fauves et les graviers du sous-sol et est retenue par des couches d’argile blanche ou bleue.

Ainsi, en certains endroits, on voit l’Oursau couler sur ce qui ressemble à du rocher, c’est une couche d’argile compacte. Cette argile se trouve à plusieurs niveaux en abondance et a été exploitée pour faire des briques crues (las adòbas), du torchis (la tapia) et de la terre battue. Les creux d’extraction de ce qu’on appelait la marne, sont les « marnières » (las manlèras ou marlèras). On me dit qu’on amendait aussi les champs par ici, je ne sais pas, il faudrait que je demande à un agronome. Ces argilières se voient à l’Argelèr, bien sûr, mais aussi dans la plupart des versants.

On peut donc compter sur les réserves souterraines d’eau. Ce ruisseau peut être habité par une faune variée et faire longtemps la joie des pêcheurs. Mais on ne peut cacher que les pêcheurs sont inquiets. Ils savent qu’un ruisseau est extrêmement fragile, il ne peut tout supporter. Ainsi il avait souffert des effluents des laiteries d’Arsague, des élevages intensifs qui le bordent en aval, mais le doute le plus pressant est envers sa source même, la décharge Nord d’Orthez.

Nous ne savons rien du fonctionnement des nouveaux aménagements en décharge contrôlée et nous aurons à nous en préoccuper car il suffirait d’un débordement intempestif des bassins pour tuer notre beau ruisseau pour des années.

Crestian LAMAISON

La nouvelle décharge contrôlée d’Orthez. Aurait-on enfin trouvé la véritable source de l’Oursau ?