Le Sport à Bonnut

(Article paru dans Les Saisons de Bonnut n° 9)

Depuis la nuit des temps, les hommes ont ressenti le besoin de s’affronter, de mesurer leur force physique. Dans les époques lointaines, ces joutes allaient jusqu’à l’extrême, c’est-à-dire, juqu’à donner la mort de son adversaire. Heureusement, ces temps sont révolus et, au fil des siècles, les jeux sanglants se sont transformés en simples défis amicaux, jusqu’au sport de détente ou de compétition, que nous connaissons aujourd’hui.

Au début du siècle, dans nos campagnes, pour oublier les rudesses de leur travail les paysans se lançaient des défis qui étaient directement liés à leur activité : lancer de barres de bois, course en transportant des poids divers, lever de charges, etc. Ces joutes sont à l’origine des jeux béarnais et de la force basque pratiqués actuellement.

À Bonnut, ce fut le 5 avril 1924, sous l’impulsion d’un instituteur très dynamique, Monsieur Mirande, que le sport structuré et en équipe vit le jour :

L’association Bonnut-Sport était née.

Le Maire de l’époque, Monsieur Pémartin, était donc d’office président de l’association.

C’était du sérieux. Bonnut-Sport était sous tutelle de l’Armée, et qui dit armée, dit activité militaire. Et oui, la première activité du club fut le tir, la fin récente de la Grande Guerre n’est certainement pas étrangère à cet état de fait. Les armes, des fusils Lebel étaient fournis par l’Armée et rangés sur des râteliers à la mairie. La topographie de Bonnut permettait de pratiquer cette activité en toute sécurité. Les cibles étaient placées sur le Tarruc de Montargoû, la tranchée de la butte de tir est encore visible aujourd’hui dans le bois à trente mètres de la lisière, et le pas de tir se trouvait à une centaine de mètres dans l’arribère de Coustet en bas de la côte de Labat.

Malgré le sérieux de cette activité, nous ne pensons pas que les tireurs allaient de la mairie jusqu’au pas de tir, au pas cadencé et chantant des airs militaires… Cette pratique permettait au futur appelé d’acquérir plus facilement le brevet d’aptitude au service militaire. Dans la même année, fut également formée une clique et une section de gymnastique.

La majorité des jeunes garçons participaient à toutes les activités, qui étaient une découverte, car les loisirs à cette époque n’étaient pas monnaie courante.

Comme à l’heure actuelle, les dirigeants, les meneurs, ont une grande importance dans les associations et le départ de Monsieur Mirande en 1928, avec l’arrivée d’un nouvel instit moins motivé pour les activités extra-scolaires, sonna le glas de la clique et de la section gymnastique.

Ce fut encore un instituteur, Monsieur Escapil (qui restera treize ans, de 1932 à 1945), qui lancera le basket et diverses activités dans le village.

La première participation dans le championnat départemental eut lieu en 1936 et ont joué entre autres : André Passicos, Pierre Darricarrère (Sourbé), Albert Lagourgue (Marthian), Raymond Lamaison (Mouchacq), Joseph Lapeyre (Cassouret), Victor Paticat (Bouchou).

Les déplacements s’effectuaient à vélo et les équipes adverses étaient celles des villages voisins. Pas besoin d’étirements ni d’échauffements avant les matches. Mais la seconde guerre mondiale mettra de nouveau un frein aux activités sportives. Le tir s’étant arrêté en 1935, seul le basket subsista, tant bien que mal, pendant les hostilités. Bonnut, se trouvant en zone occupée, et le restant du Béarn en zone libre, les joueurs bonnutiens se dirigèrent vers les Landes pour assouvir leur passion. Mais ces déplacements en terre chalossaise jouaient quelques mauvais tours aux Bonnutiens.

Les Landais vivaient à l’heure solaire et Bonnut à l’heure conventionnelle. Ayant oublié ce petit détail, nos basketteurs arrivèrent à Bastennes à la sortie de la messe. Qu’à cela ne tienne, à cette époque, les lieux pour se motiver (les auberges) ne manquaient pas.

En 1944, à croire que jusque-là elles n’existaient pas, les filles firent leur apparition sur la scène sportive.

La nudité des jambes des jeunes basketteuses ne plaisait pas à tout le monde et certains parents furent intransigeants. Mais, avec ténacité et diplomatie, elles se forgèrent une bonne réputation au sein du village et dans le giron sportif. Les premières pionnières furent entre autres : Nicole et Édith Hollande (émigrées de Valenciennes pendant la guerre et qui habitaient chez Saint-Martin (au Bourg), Huguette Moulia (dont le père était postier), Jeanne Cazala (institutrice à Sainte-Marie), Raymonde Laborde (Poumé), Etchebeheïty (Lacoste), Adèle Luquet (Capdeboscq), Marcelle Larrégneste, Marie et Antoinette Fouques.

Les ressources financières étant limitées, le système « débrouille » était toujours nécessaire pour se vêtir en sportive qui se respecte. Les shorts avaient été confectionnés par Irène du Coiffeur avec des draps fournis par Marcelle. Irène et ses couturières ont également cousu les maillots rouges dont un au moins en excellent état, existe encore.

Les déplacements les plus lointains (Arudy, Mauléon, Pau, Biarritz) se faisaient en train, quand cela était possible ou avec l’aide des bonnes volontés qui possédaient une voiture. Jean Colomé (Baroû), négociant en porcs, faisait partie des personnes dévouées et, avec sa bétaillère, emmenait tout ce beau monde. Le coach (Gaby Bouzom) devant et toutes les demoiselles derrière. Il n’est pas certain que le gaz carbonique du pot d’échappement soit le meilleur doping pour effectuer un match mais, l’enthousiasme et la jeunesse prévalaient sur l’inconfort du transport.

Quelques années après sa naissance, l’équipe eut l’honneur de remporter à Saint-Girons la finale départementale contre l’USO.

Quant aux garçons, ils eurent, dans les années 50, l’une des meilleures équipes du département. En 1952, grâce à leur technicité et leur gabarit (ils étaient quatre à atteindre ou dépasser les 1,80 m) remportèrent :

— la coupe d’Argoubet qui opposait les équipes d’Arsague, Amou, Pomarez et Bonnut (voir photo) ;

— la coupe UFOLEP départementale ;

— arrivèrent en finale de la coupe UFOLEP régionale, mais ne purent disputer celle-ci (à Agen) faute de moyens financiers !

À cette époque, l’équipe dirigeante (comité directeur élu fin 1953) était composée de : Président, Joseph Demarsan (maire) ; vice-présidents, René Lapeyre (Milomis) et Édouard Laborde (lo Haur) ; secrétaire général, Pierre Bellocq (instituteur) ; secrétaire adjoint, Pierrot Fouques ; trésorier, André Passicos ; trésorier-adjoint, Abel Hourcade. Membres : Pierre Lagourgue (Lalue), François Lagière (Cassanet), Robert Lagouarde (Labat), René Lamaison (Troutet), René Lasserre (Hourquet), René Bernadiou (Iban), Gabriel Bouzom (Berdoû), Jean Ducasse (Bièch), Armel Claverie (Rey), Maxime Ducourneau (Brigaille).

En 1953, Bonnut ne possédant pas de formation musicale, le curé Libante, décide de former une clique. À la première réunion, pour son élaboration, une centaine de personnes avaient répondu présent puis, sous l’impulsion de quelques Bonnutiens, le village se scinde pratiquement en deux avec des musiciens et des basketteurs dans chaque camp.

La nouvelle association avait été baptisée France-Béarn.

Depuis la création de Bonnut-Sport en 1924, jusqu’en 1953, le maire était président de droit, et ce n’est que lors de cette scission que Joseph Demarsan, pour éviter d’aggraver la situation et parce qu’il ne pouvait représenter toutes ces tendances plus ou moins idéologiques, refusa cette présidence d’office. Il fut, tout de même élu président de Bonnut-Sport par le vote associatif.

En 1958, Joseph Demarsan mourut et fut remplacé en novembre par Vincent Labaig. L’intérim de Vincent Labaig dura jusqu’en mars 1959 où Eugène Larrégneste devient maire et président de Bonnut-Sport.

L’année 1958 vit également le départ de Pierre Bellocq qui était resté quatorze ans à Bonnut. Des remplaçants de choix, Monsieur et Madame Moncla, arrivèrent à l’école où ils laissèrent dans le Club et à la commune des souvenirs inoubliables.

Composition du bureau en 1963 : président, René Lapeyre (Milomis) ; vice-présidents, René Bernadiou (Iban) et Édouard Laborde (lo Haur) ; secrétaire, Jean Moncla (instituteur) ; trésorier, Claude Baziard. Membres : Pierrot Fouques, Abel Hourcade, Pierre Lagourgue, François Lagière, Robert Lagouarde, René Lamaison, Jérôme Lanabras, Gabriel Bouzom, Émile Saint-Cricq, André Dubrasquet, Maxime Ducourneau, Jean-Marie Larrégneste, André Passicos, Marcelle Larrégneste et Claude Demarsan.

Pendant dix-sept ans, les deux clubs cohabitèrent et rivalisèrent parfois sous des climats assez orageux. C’est aux alentours des années 65, que les premières télés et autres divertissements plus faciles firent leur apparition et, dès lors, l’engouement pour les répétitions et sorties s’estompa. Les jeunes furent moins enthousiastes pour jouer du clairon et du tambour car cela demandait un énorme travail.

Petit à petit, toutes les activités déclinèrent, ce fut d’abord la clique de France-Béarn qui arrêta et, comme les effectifs des équipes de basket diminuaient aussi, les deux clubs fusionnèrent en septembre 1970 pour le bonheur de tout le village.

Sous les présidences d’Eugène Larrégneste, René Lapeyre, Marcelle Larrégneste, Monique Dulong et actuellement Jean-Pierre Lagière les équipes de basket ont poursuivi leur cheminement avec pour l’équipe première une présence en championnat de région depuis une vingtaine d’années ce qui la place dans le peloton de tête du département.

Aujourd’hui, le problème le plus préoccupant pour le club, est le manque de jeunes pour assurer la relève des équipes et de l’encadrement car, aujourd’hui comme hier, le bénévolat reste le ciment de toute association.

Cette rétrospective, certainement incomplète, donne l’occasion de rendre un hommage à tous les instituteurs de Bonnut qui se sont succédé après 1924 pour le travail qu’ils ont accompli au sein de Bonnut-Sport. Du secrétariat à la trésorerie, en passant par l’organisation de toutes les activités, ils ont été la poutre maîtresse du club : Messieurs Mirande, Escapil, Bellocq, Moncla. Hommage paticulier aussi à deux personnes bien présentes encore aujourd’hui qui ont œuvré sans compter ni leur temps ni leur peine pour la bonne marche du Club.

— Marcelle Larrégneste qui, pendant toute sa vie, a été liée à Bonnut-Sport. D’abord comme basketteuse redoutable et redoutée, comédienne dans les troupes de théâtre, animatrice, présidente et encore maintenant comme supporter. Sa profession d’épicière lui permettait d’être en permanence avec les jeunes qui parfois auraient préféré passer inaperçus surtout quand les soirées se terminaient tard et… dans le brouillard.

Combien de sermons Marcelle a-t-elle pu administrer à des générations de joueurs qui parfois auraient été plus à leur place à la sieste que sur un terrain de basket.

— André Marladot, voilà trente-quatre ans, et ce n’est pas fini, que Dédé s’occupe du basket à Bonnut. C’est sans aucun doute le plus long bail jamais accompli. Il fut un acteur permanent pour le rapprochement des deux clubs, joueur, entraîneur, manager, trésorier et organisateur de toutes les manifestations. Il n’a cessé d’œuvrer pour que ce club soit un lieu de rencontre, d’amitié et également d’éducation à la vie.

Comme mentionné succinctement, Bonnut ne fut pas qu’un village sportif. Les cliques, le théâtre et le cinéma ont également rencontré de grands succès...

 

1952. Coupe d’Argoulet à Arsague.
Debout de gauche à droite : Pierrot Bertière (joueur), Pierre Lagourgue (Lalue, joueur),
Joseph Demarsan (président), Pierre Bellocq (institutueur), Vincent Labaig,
André Passicos (arbitre), Gilbert Gardères (joueur), Robert Dubrasquet.
En bas : François Lagière (joueur), Jean Depeyris (joueur), Noël Lagière (joueur), Jacques Labaig (joueur), Jeannot Lagière (joueur),
Antoine Fouques (joueur), Robert Bouzom (entraîneur), Claude Demarsan (joueur).
Photo communiquée par Jean Depeyris.

 

1944. Simone Convert (Yoy puis Fouques), Édith Hollande, Marie Fouques (puis Laborde),
Alberte Dubrasquet (Arnautou), Nicole Hollande, Pierre Lagourgue (Lalue, entraîneur),
Marcelle Larrégneste, Raymonde Laborde (puis Larrégneste-Lagrabe),
Thérèse Poeydarrieu (puis Laborde-Bauzet), Antoinette Fouques, Simone Larrouture (Marcadiou).
Photo communiquée par Thérèse Laborde (Bauzet).

 

Note de la rédaction. Pour retracer cet historique, nous avons fait appel à la mémoire fidèle de Marcelle Larrégneste, Marie Laborde, Gaby Bouzom, Pierrot Fouques et Raphaël Lalanne.
Nous les remercions pour leur participation et nous sommes particulièrement émus car Raphaël s’est éteint juste avant cette parution, il n’aura donc pas eu le plaisir de lire ces quelques lignes.

 

Voici un extrait des principaux statuts :

ARTICLE PREMIER. — Une société dénommée « Bonnut-Sport » est constituée à Bonnut, dans le but de favoriser la culture physique des jeunes gens par tous les sports nécessaires et de leur faciliter l’obtention du certificat de préparation au service militaire. Cette société sera soumise à l’agrément de M. le ministre de la Guerre et placé sous la direction et contrôle de M. l’officier de la Subdivision de Pau spécialement chargé de ce service. Elle est en outre placée, sous le haut patronage de la municipalité.

Le siège en est à Bonnut Saint-Martin, à l’école des Garçons.

Art. 4. — Le Conseil d’Administration de la société est constitué comme suit :
1 président : le maire membre de droit. 2 vice-présidents dont 1 de Saint-Martin et 1 de Sainte-Marie.
1 trésorier de Sainte-Marie, 1 de Saint-Martin (trésorier adjoint).
1 secrétaire, l’instituteur de la commune étant secrétaire de droit, et un secrétaire adjoint.
4 commissaires, 2 de chaque paroisse.
1 directeur de tir.
Du docteur de la commune membre de droit.

Art. 6. — Une assemblée générale aura lieu tous les ans, le dimanche après la fête patronale de la Saint-Martin.

Art. 8. — La société s’interdit toute discussion politique ou religieuse…

Art. 9. — La dissolution de la société ne pourra être prononcée qu’en Assemblée générale et par les trois quarts des membres inscrits à la société. (...)

 

Voici la Moutète à Orthez, voici des filles que vous reconnaissez peut-être, elles sont sérieuses,
ce sont des finalistes départementales dans les années 50. Le numéro sept était particulièrement redoutable,
c’est Marcelle Larrégneste qui sera longtemps le pivot de Bonnut-Sport.
À sa droite, de profil, Josette Fouques, d’une autre grande famille de basketteurs bonnutiens (voir plus haut).