L’électricité à Bonnut

(Article paru dans Les Saisons de Bonnut n° 16)

La tempête de 1999 a permis de mettre en évidence les défauts du domaine électrique de Bonnut. Pour mieux le sécuriser, l’EDF a réalisé des travaux pour enfouir et restructurer la ligne à haute tension, qui doit amener l’électricité vers Amou.

La première partie terminée (les travaux ont été effectués par une entreprise italienne engagée par l’EDF), la deuxième, la traversée du bourg (du carrefour de chez Maître jusqu’au Chalet), comporte l’enfouissement de la ligne basse tension, la ligne de France Télécom et l’éclairage public.

Un budget a été voté pour la réalisation de ces travaux. Cela se réalisera sur deux années : en 2002, la pose des gaines a été effectuée.

Ces travaux bénéficient d’une subvention du syndicat d’électrification du Conseil général.

La pose des fils et l’éclairage public seront prévus pour 2003.

Tous ces travaux ont déjà entraîné quelque désagrément sur nos routes, mais ce fut de faible durée. La portion du bourg pose certainement pas mal de problèmes de circulation et d’inconvénients pour les riverains. Tout cela est peu de chose par rapport aux discussions de mise en étude, aux travaux gigantesques et au changement de vie qu’a pu entraîner les constructions du réseau d’électrification à Bonnut.

Cela se passait début des années trente. Bonnut fut un des premiers villages du département à construire un réseau électrique. Pour étudier les possibilités budgétaires d’un tel projet, une commission fut créée, au sein du conseil municipal.

Après plusieurs délibérations sur la recherche d’emprunts et la prise en charge par la commune, ce même conseil municipal avec, à sa tête, le maire monsieur Guichenuy, présente un projet qui est approuvé par le préfet le 10 mars 1933.

Il est pris en compte un tracé total d’électrification et non pas un tracé partiel comme prévu : huit cent vingt-cinq maisons seront desservies. La commune s’engage non seulement à prendre en charge le branchement des maisons occupées, mais aussi celui de chaque logement habité ultérieurement.

Chaque conseiller doit mesurer la longueur des branchements de son quartier, car cette prise en charge communale se fait du poteau au compteur de chaque habitation. Certaines conditions sont impératives. Le compteur doit être posé sur un mur donnant directement à l’extérieur de la maison. La console doit être fixée perpendiculairement au mur de soutien du compteur.

La Commission pour l’électricité formera la commission de réception des travaux, vérification et installations et des métrages.

L’éclairage public, qui semble indispensable, est voté plus tard, en 1934. Monsieur Guichenuy est désigné comme premier rapporteur des questions d’électricité communale, pour traiter avec la Société Hydroélectrique (on l’appellera plus communément « l’Hydro » chez nous, même après la nationalisation).

Cette société devient la compagnie concessionnaire de notre électricité. Elle s’engage à installer toutes lignes à haute et basse tensions, avec des poteaux en ciment armé, en échange de la participation qu’elle aurait dû verser à la commune. Elle désigne une entreprise landaise pour l’exécution des travaux.

Dirigés par trois ingénieurs, de nombreux jeunes du village viennent travailler sur le chantier ; cela leur permet de gagner un peu d’argent. Pour cela, il suffit d’avoir seize ans.

Le tracé est dessiné à travers bois, le plus droit possible. Le seul outil de débroussaillage utilisé est le bédouil (lo vedolh ou croissant).

Ce travail grandiose est effectué uniquement à la barre à mine, les pylônes sont tirés par les mules, attelées à un diable. Les muletiers dorment sur place, là où leur travail du jour s’arrête, alors que les coordinateurs de travaux et les ouvriers sont logés chez Maître. Ce café devient le quartier général de l’électrification, où tous se retrouvent pour un repos bien mérité autour d’une bouteille.

Tout cela amène beaucoup d’agitation et d’anecdotes pendant deux ans. Le premier essai est réalisé à l’aide d’une dynamo. Le branchement effectué, tous pensent au miracle. Ils allument et éteignent sans arrêt, pour mieux croire à cette réalité.

Parfois, certains refusent l’électricité, ils travaillent le jour et dorment la nuit, disent-ils. De petits incidents font penser à d’autres qu’il vaudrait mieux rallumer les bougies et les chandelles. Mais elles resteront sur les cheminées, comme objet de décoration. Tous ont vite compris l’intérêt de l’électricité et le changement radical que cela a entraînera dans la vie.

On commence à utiliser des moteurs de faible puissance, qui permet tent d’actionner de petites machines-outils (égrenoirs, scies, etc.) ; grâce à cela, de nombreux travaux deviennent plus faciles et plus rapides.

L’histoire de l’électricité vient de naître à Bonnut. En 1946, suite à la loi de nationalisation, l’Électricité de France (EDF) remplace l’Hydro.

Actuellement, nous sommes desservis par une électricité venant d’un réseau interconnecté, d’origine thermique, hydraulique ou nucléaire, suivant les besoins du moment. Dans l’avenir, les énergies renouvelables, éolienne, solaire, le bois et autres, tendront à remplacer les sources les plus polluantes et les plus chères ; le nucléaire en particulier.

Toutes les transformations actuelles nous mènent peu à peu vers l’amélioration de notre réseau qui, semble-t-il, était devenu, vu son ancienneté, un casse-tête pour les techniciens EDF sitôt qu’il y avait une panne.

Aline LAGIÈRE