Rajout

En bas à droite : Eugène Larrégneste, il en est revenu... avec un poème :

Le retour au village

Depuis plus de trois mois, j'ai quitté mon village
Où dorment mes aïeux, à l'ombre des cyprès,
Où ivent mes parents berceurs de mon jeune âge,
Mes amis les plus sûrs, sincères et discrets.

Je revient en hiver. Du bas de la colline,
Je cherche le grand pin, dépassant notre toit
De son feuillage noir, et mon âme chagrine,
Songeant à ce passé, rit et pleure à la fois.

Elle rit en pensant aux jours heureux d'enfance,
À ces jours aussi purs que le ciel du pays,
Car jamais je n'ai vu, ni connu la souffrance
Tant que je suis resté, sur ce terroir chéri.

Elle pleure en pensant à cette destinée,
Qui m'a chassé du sol, que je vais entrevoir,
Car demain à nouveau, je dois pour une année,
Repartir, malgré moi, ver un pays plus noir.

Eugène Larrégneste, n° de matricule 6386

 

Bonnut, là-bas…

Ils sont morts pour la patrie de 1914 à 1918

(Article paru en automne 2002, dans Les Saisons de Bonnut n° 19)

 

Carte postale brodée « Gloire au 75 » le canon fétiche des poilus.
Le canon de 75 mm était très célèbre à cette époque, car il était très supérieur au 77 mm allemand.
Il équipait les régiments d'artillerie de campagne, les RAC.
(Ne pas confondre avec la bouteille de 75 cl qu'on appelle un canon... il est vrai que l'obus avait à peu près cette dimension.)
On y voit les drapeaux de l’Italie, de la Grande-Bretagne, de la Belgique (en blason), de la France
et le drapeau impérial de la Russie (ils avaient aussi un drapeau national, le même qu'aujourd'hui), les Alliés de l’époque.
Les États-Unis ne sont entrés en guerre qu'en 1917 (effectif en 18).
Comme alliés il y avait aussi le Portugal et le Japon, mais à moindre échelle.

 

Nous autres, les gamins du bourg, nous n’habitions pas loin du monument aux morts et nos jeux nous menaient très souvent autour de ses quatre mitrailleuses toutes rouillées(1) qui ornaient alors les quatre piliers de coin de celui-ci ; elles nous fascinaient, comme hélas, toutes les armes pour les enfants ; on se calait derrière leur crosse, scellées justement à notre hauteur, on mettait en joue et « taca-tacataca- taca-tac… » ; mais comme celles-ci demeuraient immobiles, nous nous contentions de nous bombarder avec la grande quantité de marrons que l’on pouvait trouver autour des grands marronniers de chez Saint-Martin… et d’ailleurs, ils faisaient bien assez mal comme ça ! surtout quand c’était les garçons qui les lançaient et ils visaient bien, les bougres ! Divisés en deux camps, notre guerre nous la faisions de chaque côté de la Redoute, la « grande tranchée » derrière le Casalot.

(1) C’était des mitrailleuses légères des années 40,
elles ont disparu aujourd’hui, elles avaient été dressées ainsi dans les
années cinquante. Symboliquement, elles avaient un inconvénient,
elles étaient de fabrication allemande et ne représentaient
que la Seconde Guerre. À force, les Bonnutiens se
sont rendu compte qu’elles jouaient le rôle de trophée,
pouvaient gêner notre nature pacifique et notre désir de
fraternité entre tous les peuples (Chr. Lamaison).

Notre seul coiffeur de l’époque, Henri Lataste (photo ci-dessous), revenu vivant de la Grande Guerre, s’ennorgueillissait de faire l’entretien du contour du monument ; on le voyait arriver en Vélosolex avec sa pique, son rateau ou sa faux, il passait régulièrement le petit portail en fer forgé pour accomplir tous les petits travaux de nettoyage qui maintenait la propreté du lieu ; ses pensées voletant sûrement vers le souvenir de tous ses copains morts au champ d’honneur…

 

Henri Lataste (père de Denise Lagière-Cassanet), notre coiffeur, un des rescapés du massacre.
Sur sa manche gauche, les brisques, chaque chevron correspond à une blessure ou six mois de front.

 

Mon père, qui était revenu blessé de la Seconde Guerre — la suivante —, avait l’âme artistique, il s’était fait procurer par Claude Demarsan, notre maire du moment, des pinceaux et de la peinture pour peindre et faire ressortir les noms gravés dans la pierre, et je l’avais alors aidé pour ce travail fastidieux mais honorable ; quelques couleurs sont encore là… Combien de fois a-t-on lu et relu la liste des quarante-six noms gravés, lesquels étaient ponctués par un « Mort pour la France ! », le 11 Novembre, par les enfants de l’école qui déposaient leurs petits bouquets côte à côte autour du socle, tous en ligne et dans un silence solennel imposé par les adultes. Ce jour-là, n’oublions pas la clique, avec ses clairons solistes talentueux, sonnant « Aux Morts ».

L’édification du monument aux morts

Dès la fin de la guerre, il fut question d’ériger un monument à la mémoire des enfants de Bonnut morts pour la France.

En décembre 1919, le Conseil municipal pensa édifier celui-ci sur l’emplacement du préau de l’école des garçons et de transférer ledit préau (qui était soi-disant mal placé) dans le jardin de l’école attenant à la cour de récréation. Un projet sera établi à cet effet, Ernest Larrégneste, ancien dessinateur de génie, est désigné pour établir ledit projet. En début de 1921, notre monument n’était toujours pas construit, les dépenses pour le lieu désigné étant trop élevées, il fut décidé par le maire de choisir un autre emplacement.

L’endroit enfin choisi par le Conseil municipal, le 16 octobre 1921, pour ériger le « monument au morts pour la France » à Bonnut, se situait à l’intersection de deux sections de la commune, en face de la maison Robert ; la famille Saint-Martin offrait, sans réserves, à la limite de ces deux sections, un emplacement qui paraissait réunir les conditions requises. Le Conseil accepta le don et chargea la commission déjà désignée de faire le nécessaire pour faire exécuter les travaux dans le plus bref délai possible. Le devis estimatif, dressé par Monsieur Loustau, adjudicataire du monument, s’élevait à 6 898 francs. Une souscription avait été lancée, il avait été recueilli 4 890 francs qui furent versés à la caisse du receveur municipal. Le déficit s’élevait encore à 2 008 francs. Le 4 décembre 1921, le Conseil municipal approuva les plans, le devis du monument et vota la somme de 10 898 francs sur les fonds libres de la commune pour parer à cette dépense.

Voici les noms qui ont été gravés dans la pierre de celui-ci :

De 1914 : Léon Sarramaigna, lieutenant Victor Dufau, Émile Ladarré, Pierre Labarthe, Pierre Lagière, Joseph Lacoste, René Bergez, Cl (caporal) Ulysse Lajournade, Joseph Lameignère, Joseph Duboscq.

De 1915 : Fabien Dudez, Léon Lagourgue, Pierre Hourcade, Eugène Nassiet, Jean Tarride, Étienne Depeyris, Eugène Bonzom, François Vergez, Émile Hourmagnou, Jean-Pierre Hourcade, Henri Bareille.

De 1916 : Eugène Brasquet, Alexandre Canguilhem, Joseph Jeambergé, St (sergent) Paul Nougué, Pierre Lasserre, Jules Duforat, Charles Bonzom, Pierre Bragas, Joseph Lagière, Jean Minvielle, Alphonse Crambuer. De 1917 : Camille Tastet, Raymond Labarthe, Joseph Ducasse, Joseph Salomon, Joseph Poeydarrieu, Joseph Laborde.

De 1918 : St (sergent) Pierre Mora, Auguste Luquet, Louis Lagarde, Joseph Farthouat, Albert Daugé, Albert Casseu, Alexis Ducasse, Edmond Bareille.


Tous ces Bonnutiens morts ou disparus, qui sont-ils ? D’abord, un peu d’histoire…

Les conscrits

L’une des conséquences de la loi du 21 mars 1905 sur le service militaire de deux ans fut la suppression du tirage au sort. Finies les joyeuses bandes de conscrits déambulant dans la ville d’Orthez avec, sur leur chapeau, le numéro sorti de l’urne !

Qu’il pleuve ou vente,
toujours il chante,
Le brav’ conscrit,
de not’ pays…

Le tirage au sort était remplacé, désormais, par un classement établi suivant l’âge. Les aînés étant inscrits les premiers, en tenant compte de l’heure même de la naissance que les bureaucrates municipaux devraient scrupuleusement enregistrer.

La fête patronale en 1913

Le comité des fêtes de Bonnut avait décidé que la fête patronale de la Saint-Martin, qui devait être célébrée les 16 et 17 novembre, serait exceptionnellement, cette année-là, avancée de huit jours afin de permettre aux nombreux appelés de la classe 1913 d’assister avant leur départ au régiment aux diverses réjouissances qui seraient données en leur honneur. La municipalité avait approuvé cette décision et n’y avait pas trouvé d’inconvénient. La fête locale avait donc eu lieu les 9 et 10. À cette occasion, M. Ducasse mit à la disposition de la jeunesse sa vaste salle des fêtes, brillamment décorée et illuminée pour la circonstance. Un orchestre, composée des meilleures unités de la fanfare de Pomarez et dirigé par l’impeccable M. Pradot (de Tilh ?), prêtait son concours pendant toute la durée des fêtes (2)

(2) Franc-Parler d’Orthez, du mardi 4 novembre 1913.

Région militaire et Basses-Pyrénées

En 1914, le département des Basses-Pyrénées est rattaché à la 18e région militaire de Bordeaux, avec ses subdivisions de Pau et de Bayonne.

Les unités d’active (les appelés) sont respectivement le 18e (à Pau) et le 49e RI (à Bayonne), tandis que les unités de réserve (hommes de moins de trente-cinq ans ayant accompli le service militaire) sont le 218e et le 249e RI (régiments d’infanterie).

Les unités de la territoriale (hommes de plus de trente-cinq ans), le 142e RIT (Bayonne), et le 143e RIT (Pau).

La 36e division infanterie comprenait le 18e RI, le 49e RI, le 12e RI (de Tarbes) et le 34e RI (de Mont-de-Marsan). Le 14e RAC de Tarbes (régiment d’artillerie de campagne) lui était associé.

Notons aussi que de nombreux Bonnutiens étaient incorporés aux 88e et 288e RI d’Auch et Mirande dans le Gers, probablement pour équilibrer les effectifs. Le 288e est connu pour avoir eu un officier célèbre, le lieutenant Henri Fournier, le célèbre Alain-Fournier, auteur du Grand Meaulnes. Il a compté aussi Édouard Moulia, le grand-père des imprimeurs de L'Écho béarnais à Orthez.

Le 18e RI a perdu, durant la Première Guerre mondiale, à lui seul 3 250 officiers, sous-officiers et soldats (tués ou disparus) (3).

(3) Le colonel Stéphan (d’Orthez) m’a gracieusement fourni ces renseignements.

 

 

Le 18e RI à son embarquement à la gare de Pau (photo Sud-Ouest).

 

Départ du 18e RI de Pau

Le 6 août 1914, le 18e régiment d’infanterie était mobilisé à Pau, ainsi que le 218e RI et le 143e RIT.

Dans les délais fixés par le journal de mobilisation, il était prêt à partir avec l’effectif de 57 officiers dont 4 médecins et 3 326 hommes et gradés, sous les ordres du colonel Gloxin. Il était enlevé par trois trains, un par bataillon. Le 1er bataillon avec le général commandant la 72e brigade et son état-major quittent Pau le 6 août 1914, à 13 h. Le 2e bataillon avec le colonel et l’état-major du régiment à 17 h. Le 3e bataillon à 20 h (4).

L’un des premiers tués de la guerre était bonnutien…

« … Le lieutenant Dufau (5e Cie), sentant sa compagnie très vivement pressée, se porte lui-même sur la ligne de feu avec une demi-section ; mais en traversant un terrain découvert, battu par l’artillerie, l’infanterie, et les mitrailleuses, lui et tous ses hommes sont atteints ; le lieutenant Dufau est tué (5). »

(4) D’après l’Historique du 18e RI, mai 1936, librairie Marrimpoey à Pau.

La presse lui rend hommage :

« Mort au champ d’honneur,

Le 23 août dernier, dans le combat de Marbaix, en Belgique, le lieutenant Victor Dufau a trouvé la mort glorieuse de ceux qui succombent pour la patrie.

Honorons la mémoire de celui qui, comme tant d’autres, hélas, meurent au champ d’honneur, et ayons la ferme confiance que leur sacrifi- ce ne restera pas vain.

À la famille Dufau-Lamothe si cruellement éprouvée, à son vénéré père surtout, maire de Bonnut, nous offrons nos respectueuses condoléances.

Le lieutenant Dufau avait gagné ses galons d’officier par un travail de tous les instants. Engagé volontaire à 19 ans, il a passé presque toute sa carrière trop courte sur cette terre d’Afrique qui a été pour lui l’école du dévouement et du courage. À lui nos hommages ! (5) »

(5) Franc-parler d’Orthez, du mardi 29 novembre 1914.

Selon l’ordre de bataille, le lieutenant Dufau, lieutenant du 2e régiment étranger (la Légion), faisait partie de la 5e compagnie du 2e bataillon (4).

Ce Bonnutien, fils du maire Hyppolite Dufau-Lamothe (maire depuis plusieurs années), fut l’un des premiers tués de la guerre, pendant la bataille de Charleroi, à Marbaix, le 23 août, entre 14 h et 14 h 20, huit jours après son départ de Pau… La 5e compagnie, ce jour-là, a été très éprouvée ; sur un effectif de 250 gradés et hommes, elle n’en comptait plus, après le combat, que 95. Nombreux sont morts en faisant vaillamment leur devoir et furent cités, dont notre Bonnutien, Victor Dufau-Lamothe.

 

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Joseph et Pierre Lamaison, ces artilleurs de Tarbes en sont aussi revenus.
Pierre, à droite, est le père de René Lamaison qui peignait les noms du monument.

 

Et les autres ?

Le premier décès bonnutien avait été celui de Jean-Léon Sarramaigna (Léon sur le monument), un boulanger demeurant à Crépou (6) ; il était né à Bonnut le 26 juillet 1884 et était le fils de Jean Sarramaigna et d’Élisabeth Lartigue ; il était célibataire. Soldat réserviste au 218e RI, il décédait d’une pneumonie à l’hospice, cours Bosquet à Pau.

Suit ensuite Antoine-Victor Dufau-Lamothe (Victor Dufau sur le monument), cité plus haut ; né à Bonnut le 28 mai 1883, il était le fils du maire de l’époque, Pierre-Hippolyte Dufau, et de Nancy Jeanne Parnaut ; il était célibataire.

Joseph Duboscq (Lompré-de-Haut (6)), décédait le 28 août 1914 (à Audencourt, Nord), il était soldat au 88e RI d’Auch. Né à Bonnut le 8 mars 1892, célibataire, il était le fils de Pierre Dusboscq et de Suzanne Lassourreille.

Jean-Émile Ladarré (Émile sur le monument), disparu le 28 août 1914 au combat de Guise (Aisne). Décédé à l’ambulance allemande dudit lieu le 5 septembre 1914. Il était soldat au 57e RI de Libourne. Né à Lourenties le 23 mai 1889, il était le fils de Lazare Ladarré (instituteur pendant 25 ans à Saint- Martin (6)) et de Jeanne-Marie Laporterie.

Pierre Labarthe (Pouy, oncle de Georgette de chez Fauché (6)) décéda à la fin de la bataille de la Marne, le 9 septembre, à 16 h, à l’ambulance de Bréban, au sud de Sompuis (Champagne), des suites d’un coup de feu à l’abdomen. Il était soldat de 2e classe au 88e RI, 8e Cie du 2e bat., recrutement de Pau. Né à Bonnut le 12 juillet 1893, il était le fils de Jean-Léon Labarthe et de Suzanne Lamaison.

Joseph Lacoste (Menaut (6)), décédé le 17 octobre 1914, à 2 h du soir, sur le champ de bataille, à Bailly (Oise), à 10 km au sud de Noyon. Au 2e zouaves. Il avait 23 ans et était né à Bonnut, fils de Jean Lacoste et de Marthe Crambuer.

Pierre Lagière est mort le 24 octobre 1914, à Oulches (près de Craonne, Aisne). Soldat au 18e RI ; il était né à Bonnut le 27 avril 1893, fils de Jean Lagière et de Florentine Ducournau. Il était célibataire.

Jean Bergez (Casaus (6), est-ce le René sur le monument ?), mort le 6 décembre 1914, à Meurival (Aisne), au sud de Craonne, suite à des blessures. Il était 2e canonnier conducteur au 14e RAC, 6e batterie, recrutement de Pau, classe 1913. Né à Bonnegarde le 21 avril 1893 ; il était le fils de Jean Bergez et de Marie Lagardère.

Jean Lajournade (Bourdette, oncle de Jacques Laborde-Lamothe (6)), Ulysse sur le monument, décède le 10 décembre 1914 à Perthes-lès-Hurlus, village de Champagne entièrement détruit pendant la guerre, il était caporal au 83e RI de Saint-Gaudens. Né à Bonnut le 30 juillet 1888, il était le fils de Jean Lajournade et de Jeanne Sarramaigna.

Jacques Lamagnère (Lacoste, père de Marthe Arramoundat (6), le grand-père de Lætitia, institutrice pendant quelques années à Bonnut, était un de ses fils (6)) est décédé sur le champ de bataille, à 33 ans, le lendemain de Noël, à 1 h du soir, à Ablain-Saint-Nazaire, au-pied de la colline de de Notre- Dame-de-Lorette, au nord d’Arras (62). Il était soldat au 279e RI. Il était né à Castel-Sarrazin (Landes) le 20 novembre 1881, fils de Bertrand Lamagnère et de Rose Dulau, il était marié et laissait des enfants.

En 1915 (année de l’Artois et la Champagne)

Léon-Pierre Lagourgue, Léon sur le monument (Marthian, oncle de Pierre Lagourgue et à Marcelle Larrégneste (6)) est décédé le 25 janvier à Bois-Foulon (Champagne) ; il était soldat au 18e RI. Il était né à Bonnut le 25 juillet 1889, fils de Léon Pierre Lagourgue et de Suzanne Cazaubieilh, il était célibataire.

Eugène Nassiet (Treyture (6)) est mort le 22 mars, à 7 h le matin, à l’hospice, chemin Labanère à Pau. Il était soldat au 12e RI et était né à Bonnut le 5 janvier 1893, fils de Jean Nassiet et de Jeanne Lalaurette.

Étienne Depeyris (Pey, cousin germain du père à Jeannot de Lauga et du père à Georgette Lagouarde-Casaus (6)) est décédé le 19 mai, à Sedul-Batar, dans les Dardanelles (Sedd el Bahr ou Seddülbahir), tué en sortant de sa tranchée pour sauver quelqu’un dans une autre tranchée. Il était soldat à la 1re Cie du 7e mixte colonial. Il était né à Arsague, le 23 février 1895, et était le fils d’Antoine Depeyris et de Geneviève Daillencq.

Jean Tarride a été tué sur le champ de bataille le 25 mai, à 2 h du soir, à Ablain- Saint-Nazaire (même village que Jacques Lamagnère). Il était soldat au 279e RI. Il était né à Bérenx le 1er août 1879, fils de Pierre Tarride et de Jeanne Costemale, il était célibataire.

Pierre Bonzom (Eugène sur le monument) est décédé le 26 août 1915 à 11 h du soir, suite à des plaies multiples du thorax, plaies du bras, de la cuisse et du pied droit par éclat de bombe sur le champ de bataille, à Somme-Bionne (Champagne, à 4 km à l’ouest de Valmy). Il était conducteur de 2e classe, 18e escadron du train des équipages militaires, 22e compagnie, classe 1896, recrutement de Pau. Il était né à Arsague, le 7 juin 1876, mais vivait à Bordeaux (6).

Émile, Jacques Hourmagnon (Émile sur le monument ; il habitait à Régent (6), là où habite Popaul Bertière) est décédé sur le champ de bataille, le 27 septembre, à 15 h, à Craonnelle (au sud de Craonne, Chemin-des-Dames). Il était soldat 2e classe au 14e RAC. Il était né à Bonnut le 29 décembre 1892 et était le fils de Jean-Pierre Hourmagnou et de Catherine (Labiste ?).

François Vergès est décédé le 29 novembre, à 22 h, suite de ses blessures reçues sur le champ de bataille, à Cuperly- Montfrenet (Champagne, entre Châlons-sur-Marne et Suippes). Il était soldat au 42e RI, 2e Cie, subdivision de Pau, classe 1905.

Fabien Dudez, Pierre Hourcade, Jean-Pierre Hourcade, Henri Bareille... dont je n’ai pas, pour le moment de renseignements, étaient peut-être d’Orthez (les Hourcade, de Habarnet ? et Bareille de Bourdette, d’Orthez ?).

 

Cette photo ment, elle nous évoque une guerre tranquille,
un chasseur à son guèit, alors qu’elle est prise au bois Foulon,
au centre du Chemin-des-Dames, en 1915, dans la région où a disparu une grande partie
de la jeunesse de l’époque, et de nombreux Bonnutiens.

 

En 1916 (l’année de Verdun et de la Somme)

Pierre Brasquet (Péletach (6), Eugène sur le monument) a 40 ans et est tué à l’ennemi, le 26 janvier, à 7 h du matin, à Ablain-Saint-Nazaire, au nord d’Arras (comme d’autres Bonnutiens auparavant). Il était soldat au 143e RIT. Il était né à Bonnut, fils de Jean Brasquet et de Marie-Rose Ducournau.

Alexandre Camguilhem (Coustet (6)) mort le 24 février, à 1 h du matin, dans l’hôpital complémentaire des Papionistes (?), à Lourdes. Il était artilleur au 24e RAC, GPA 4, 18e gr., 3e Sion. Né à Bonnut le 11 mars 1878, fils de Pierre Camguilhem et de Marie-Jeanne Dupré, il était marié à Hélène Dufourcq.

Pierre Jeanbergé (Peyroulet (6), le père de Marie, l’épouse de Paticat (6), Joseph sur le monument) est décédé le 12 mai, à 8 h du matin, à Fleury-devant-Douaumont (près de Verdun) d’un coup de feu sur le champ de bataille. Il était soldat au 249e RI. Il est né le 15 (?) février 1879 (?), fils de Jean Jeanbergé et de (...) Basque. Marié à (...) Lataste.

Édouard Lasserre (Lahargou (6), oncle de Pierrot Lasserre (6), Pierre sur le monument), mort le 23 mai à Douaumont (Verdun), il était soldat au 49e RI. Il était né à Bonnut le 21 septembre 1892, fils d’Alexandre Lasserre et de Marie Darnaudet. Célibataire.

Colin, Bertrand Nougué (Paul sur le monument), décédé le 25 mai 1946, à 9 h, au sud du fort de Souville (Verdun), d’un éclat d’obus à la poitrine. Il était sergent au 218e RI. Né à Moncaut, canton de Lembeye, il avait 31 ans et était instituteur ; fils de Pierre Nougué et de Marie Latailhe.

Jules Duforat (Peyran (6)), décédé le 24 juin, de blessures multiples par éclats d’obus, à Cappy (bataille de la Somme, à l’ouest de Péronne). Canonnier servant au 41e RAC, 101e batterie de 58 T. Il est né à Bonnut le 10 décembre 1884, fils de Marie Duforat et de père inconnu.

Charles Bonzom (Flamand (6)), décédé le 6 août, à 8 h, sur la voie ferrée de Toul, à Neufchâteau, territoire d’Écrouves (Meurthe-et- Moselle), sur la déclaration de l’instituteur et le garde-champêtre d’Écrouves (à l’ouest de Toul, il était probablement dans un train sanitaire). Il était soldat de 2e classe au 42e RIT, classe 1889, recrutement de Pau. Né à Arsague le 9 janvier 1869, fils de Jean Bonzom et de Marie Lesparre ; il était l’époux de Marie-Thérèse Parnaut.

Jean-Baptiste Salamon (Joseph Salomon, en 1917, sur le monument ; Candau- Debaigt (6)) est décédé le 26 août, à 2 h 30, à Souilly (près de Verdun), des suites de blessures. Il était soldat au 112e RI, 9e Cie, classe 1916, recrutement de Pau. Il était né à Bonnut le 19 décembre 1896, fils de Jean Salamon et de Catherine Galan.

Pierre Bragas, décédé le 26 août à Verdun par suite de blessure. Soldat au 344e RI. Il est né à Bonnut le 8 février 1880, il était le fils de Jean Bragas et de Jeanne Dupèbe.

Jean Minvielle (Maysonnave (6)), décédé le 14 octobre, à 2 h du soir, chez lui, maison Maysonnave, à Bonnut. Il était en traitement à Clermont-Ferrand, hôpital 78, en congé de convalescence dans sa famille à cette date. Il était artilleur mobilisé, appelé au 14e RAC, classe 1903. Il était né à Bonnut le 5 janvier 1883, fils de Pierre Minvielle et de Marie Poeydarrieu. Il était l’époux de Marguerite Luquet.

Jean Crambuer (Lanescou (6), Alphonse sur le monument), mort le 15 octobre, à 12 h 15, au sud-est de Belloy-en-Santerre (Somme, au sud-ouest de Péronne), par suite de blessures. Soldat au 33e RIC (coloniale), il était né à Bonnut le 7 novembre 1888, il avait 27 ans, et était le fils de Pierre Crambuer et de Madeleine [Lesquibe ?].

Joseph Lagière (sans renseignements).

En 1917 (la Somme, le Chemin-des-Dames)

Camille-Luther Tastet (Camille sur le monument, Lahoun (6)), décédé à Thuisy (Champagne, entre Reims et Châlons-sur- Marne) par suite de blessures. Classe 1916 (?), recrutement de Pau (au 88e RI ?). Il est né à Bonnut le 26 mars 1895, fils de Bernard Tastet et de Jeanne Laborde.

Joseph Laborde (Poumé (6), cousin de l’ancien forgeron du bourg, Édouard), décédé le 18 mars à Avocourt (cote 304, ouest de Verdun) ; il était soldat du 166e RI. Né à Bonnut le 23 avril 1895, fils de Jean Laborde et de Joséphine Daugé. Il était célibataire.

Raymond Labarthe (Pouy (6)), décédé le 6 mai, à 6 h du soir, à Laffaux (Chemin-des- Dames), d’une balle au cœur sur le champ de bataille. Il était cavalier au 9e régiment de cuirassiers à pied. Né à Bonnut le 29 août 1887, il était le fils de Jean-Léon Labarthe et de Suzanne Lamaison, qui avaient déjà perdu un fils en 1914.

Jean-Pierre, Joseph Ducasse (Joseph sur le monument, Bièch ? (6)), tué à l’ennemi, le 29 mai, à 10 h, devant Cerny (Chemin-des-Dames). Il était soldat au 30e RI, 2e bat., 7e Cie. Il est né à Bonnut le 23 août 1897, fils de Jean Ducasse et de Madeleine Minbiolle.

Joseph Poeydarrieu (Capdevielle, à l’époque, Lamaigna (6)), décédé, suite de blessures, le 24 octobre, à 17 h 45, à Linde, commune de Hoogstade (Belgique), Flandres occidentales (au sud d’Alveringer). Il était soldat au 201e RI, 19e Cie, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre, recrutement de Pau, classe 1917. Il était le fils de Pierre Poeydarrieu et de Marthe Laborde.

Joseph Salomon : est-ce le Jean-Baptiste Salamon décédé le 26 août 1916 ?

 

Auguste Luquet, lui, n’en a pas réchappé, il a disparu
dans la Somme la dernière année de la guerre.

 

En 1918 (la 2e bataille de la Marne, la fin)

Pierre Mora, décédé sur le champ de bataille, le 30 mars 1918 à Doméliers (Oise, entre Beauvais et Amiens). Il était sergent au 18e RI, 7e compagnie. Il était né à Arsague le 25 août 1894, fils de Jean Mora et de Jeanne Lescoute. Il était célibataire.

Auguste Luquet (Bouchou (6), père de Roger Luquet), décédé le 30 mars 1918, à Assainvillers (Somme), soldat au 34e RI. Il était né à Bonnut le 21 avril 1885, fils de Jean Luquet et de Marie Lasserre. Il était marié à Marie Lasserre.

Louis Lagarde (Then, un oncle de Roger Lagarde-Cazenave, le mari de Marinette qui habitait maison Haou (6)), tué à l’ennemi au combat le 13 août 1918, à 18 h, au combat de Thiescourt (Oise, au sud de Lassigny, à l’ouest de Noyon). Décoré de la croix de guerre, soldat de 1re classe au 12e RI, 9e Cie. Né à Baigts, canton de Mugron, le 12 février 1885, il était le fils de Gabriel Lagarde et de Marguerite Bertière.

Jean-Baptiste Farthouat (Joseph sur le monument), décédé des suites de blessures de guerre, le 21 août, à 12 h 30, à Fayet (Oise). Il était caporal au 12e RI, 11e Cie, recrutement de Guéret.

Il y eut aussi Albert Daugé (oncle de Roger Lagarde aussi, maison Cazenave, il était forgeron (6)), Edmond Bareille, frère de l’autre Bareille nommé plus haut, Alexis Ducasse.

Albert Cassen (Chin (6), la famille se trouve à Sault maintenant), décédé des suites de ses blessures le 23 octobre, à 17 h 30, à Heghem (Belgique), était soldat du recrutement de Pau. Il était né à Tilh le 6 décembre 1898.

Ainsi se termine la liste de tous les Bonnutiens morts pour la France.

La fin de la guerre

Quelques-uns ont échappé par miracle au carnage et sont heureusement revenus à peu près valides pour certains. Mais le village restera à jamais meurtri par la perte du meilleur de sa jeunesse.

Nous n’allons pas refaire la guerre ici, ce n’est pas la place, il s’agissait simplement de faire un travail de mémoire pour notre commune. Si l’occasion se présente, on pourra aussi parler de ceux qui en ont réchappé.

Colette LAMAISON

(6) D’après quelques souvenirs d’Émile Bonzom (Gauch), qui avait six ans en 1914 et donc dix ans en 1918,
qui a assisté au retour des soldats de Bonnut et entendu les récits des « rescapés » revenus chez eux.