Autour d’une photo

(Article paru dans Les Saisons de Bonnut n° 11)

1927 ? 1928 ? Contre le mur de l’école de Bonnut Saint-Martin, en automne car le rosier qui le couvre n’a ni fleurs ni feuilles.

Des élèves et d’anciens élèves. Les maîtres se nomment Madame et Monsieur Mirande et Mademoiselle Marzet.

Des maîtres qui, dès leur arrivée, essaient de sortir le village de son sommeil, organisant pour le 14 Juillet une fois, et une deuxième fois, en automne, des défilés, des danses, des saynètes, une pièce de théâtre même, que les anciens appelaient une « tragérie » (sic). Il n’y avait pourtant pas de conseil des parents d’élèves, mais on faisait déjà participer la population à la vie de l’école, joignant enfants, maîtres, parents.

Parallèlement — mais cette photo n’en est pas le reflet — il y avait la gymnastique avec sa « pyramide », la clique (Pierre Laborde-Sarthou et Père Peysale-Bourdet), les défilés…

Viendrait plus tard le basket (sujet déjà traité). Il y avait dans ces deux « fêtes annuelles de l’école », un peu de tout : les contes de Perrault, les noces de Jeannette, les danses anciennes, les grands-mères, « les bons vieux grands-pères lorsqu’ils arrivent à 60 ans » (sic), etc.

Sur cette photo, on retrouvera pêle-mêle :

— Les costumés en grands-mères et grands-pères, les voici :

En ba,s de gauche à droite : Denise Lataste « du coiffeur » puis devenue Madame Lagière (Cassanet), Pierrot Fouques et Marie Fouques puis Laborde (forgeron). On dira « puis » pour les futures mariées.

Au premier rang, de gauche à droite : Hélène Laborde (Gayou), Marie Dufau (Béroy), Marie Péhau (Pey) puis Bégu, Pierrot Saint-Jean, Gaby Bouzom (Berdou).

Au-dessus : Le Quément (un Parisien1), Charlot Dufourcq (Bernat), André Molia (d’Arnaudat), André Laborde (Poumé).

Tout en haut : Blanchar (un Parisien), Ernest Dufau (Béroy), Maurice Luquet (Poundicq), Georges Lagière (Laborde-Moulié), Le-Livret (un Parisien), Robert Dufau (Sousleys), Pierre Lagourgue « Lalue » (Martian), Gabriel Laborde (Largazé), Edmond Brasquet (Pelletach), René Poeydarrieu (Lamaigna), Jean-Marie Larrégneste (Lagrabe).

Que font en haut, à gauche, Jeanne Camon (la poste) et Le Floch (Pinsat) en Pierrot et Colombine, avec Robert Mirande (le fils de l’instituteur) en magicien ?

— En bas quatre couples, d’une époque incertaine : les danseurs ont un petit air Renaissance, tandis que les dames dans leurs robes à paniers seraient d’un siècle plus tard ! Qu’importe !

Ils ont dansé en chantant « Nous voulons danser… »

Ce sont, tout en bas, Marthe Poeydarrieu (Lamaigna) puis Carouché, et Renée Mirande (une fille de l’instituteur), Alice Courtiade (Lescoute) et Gilberte Mirande (une autre fille de l’instituteur), Nénette Laborde (Sarthou) puis Duforat, et Nénette Pémartin puis Dufourcq-Brana, Hélène Bertière « sœur Hélène » (Fray) et Marcelle Larrégneste (Pécotche).

— Et que font parmi ces enfants, au milieu de la photo, ces sept grands ?

Marthe Lamaignère (Lacoste) puis Lapeyre, Marie-Jeanne Bouzom (Berdou) puis Guichemerre, Augusta Molia (Arnaudat), Mathilde Laborde (Sarthou) puis Lageyre, Marthe Bragas (Brasquet) puis Peysalles, Marie-Jeanne Larrégneste (Sourbé) puis Darricarrère (Père), Nancy Bonzom (Junqua) puis Dufourcq.

Il y a aussi Amélie Larrouture (Yout), puis Claverie.

Eh bien, ils ont assuré la partie importante du spectacle qui a eu lieu dans la salle de l’auberge Yanoulet, en jouant la pièce de notre auteur béarnais, Simin Palay, « Lo Bugadèr ».

Et voilà décortiquée et reconstituée cette photo pieusement conservée dans un fond de tiroir et voici réécrite une page de l’histoire du Bonnut d’il y a soixante-dix ans.

Cette page de l’histoire bonnutienne ne traite que de l’école mais avec elle — l’école — tout bouge dans le village. Les esprits s’éveillent, les comparaisons se font, les prises de conscience aussi. On secoue son inertie (la guerre s’éloigne), ses pensées, ses jugements, on tient tête parfois…

L’instit tient tête aux notables. La révolte des métayers dans les Landes est tout près.

(1) Ce qu’on appelait autrefois « des Parisiens » étaient des pupilles, ou enfants « de l’Assistance », venant de tous les endroits de France mais principalement des grandes villes, ils étaient placés dans des familles d’accueil bonnutiennes.

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