Le lin
d’Antan
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de l’histoire dans les livres

Textes latins : transcription sur le manuscrit original par Paul Raymond, archiviste du département des Basses-Pyrénées (1873).

Cartes publiées au début du livre de J.-F. Martin : Sorde, insertion économique et sociale (biblio n° 62), plan n° 1, plan n° 2.

Cartulaire de l’abbaye Saint-Jean-de-Sorde

Traduction de J.-F. Robert Martin. Éditions Atlantica, Biarritz, 1999, ISBN : 2-84294-183-0
Illustration de couverture : Sceau du Prieur, 1290.

Acte n° 1
(Voir texte en latin)

avant 1105

DE L’ÉGLISE SAINT-MARTIN-DE-BONNUT

à Bonnut
(canton d'Orthez, 64)

Fort Garsie de Tilh(1) vint pour se convertir. Sur les conseils de l'abbé Géraud(2) et des autres Frères, il bâtit, avec ses voisins, dans sa propriété, une église qu'on appelle aujourd'hui Saint-Martin-de-Bonnut(3). Cette église, il la donna à Saint-Jean avec les revenus qui en dépendent.

· Se convertir : coutume de l'époque. Sentant leur mort prochaine, les hommes demandaient à revêtir l'habit monastique. Par cet acte symbolique, ils exprimaient leur souhait d'entrer dans la famille monastique afin qu'elle prie pour eux dans les siècles des siècles (biblio n° 7).

· Les voisins (besis, en gascon) : la base de l'organisation villageoise était la paroisse. Ses membres, appelés « vésis » se réunissaient à l'église pour défendre les intérêts de leur communauté (biblio n° 8).

(1) Fort Garsie de Tilh : ce patronyme ne vient pas de la commune du même nom, mais de celui de la maison de Tilh, voisine de l'église Saint-Martin. En 1891, elle était la propriété de la fabrique de cette église (biblio n° 6).
(2) Abbé Géraud : voir la liste des abbés de Sorde.
(3) Église Saint-Martin-de-Bonnut : selon Paul Raymond (biblio n° 1), cette église ancienne est mentionnée dans l'acte n° 51. L’édifice moderne du même nom serait, en partie, du quinzième siècle, construit lorsque le bénéfice de l'église appartenait au curé Bertrand d'Auga, d'Orthez, garde des chartes d'Archambaud, comte de Foix (1403-1409).


Acte n° 51
(Voir texte en latin)

entre 1105 et 1118

DU DON DE GARSIE DE BONNUT

à Bonnut
(canton d'Orthez, 64)

Le chevalier de noble race Raymond Garsie de Bonnut(1) avec sa fille Endregot, par crainte de la géhenne perpétuelle et par amour de la vie éternelle, pour la rédemption des âmes de leur père et mère, de leurs parents et pour leurs propres âmes, firent le pacte de donner à Dieu et à Saint-Jean leur honneur, avec une terre où l'on faisait une manse entière, et un verger devant la grande porte de Castagnède(2) avec toutes les terres qui en dépendent.

La manse est telle que jamais aucun de ceux qui la tiennent ne doit aucune garantie ni à aucun homme ni au vicomte(3). Et, si quelqu'un voulait s'emparer de Castagnède, il serait obligé de lui donner de l'argent. Fort Guilhem, Doat Guilhem et Guilhem Brasc, héritiers de Sainte-Marie-de-Casted(4), étaient en controverse avec l'abbé Ainer à propos de la dîme du vin du vicomte. Ils affirmèrent qu'elle était bien à l'abbé, depuis leurs prédécesseurs. Ils le firent confirmer par Boniface de Salies(5), Galin de Puyoo(6), par leurs parents Ot Guilhem de Salies(7) et Arnaud de Puyoo qui l'avaient déjà confirmé, de telle sorte qu'ayant accepté de payer cette dîme ils n'avaient plus de quoi payer leurs droits d'obsèques. Sur les autres revenus de cette manse, si l'un d'eux venait à mourir, il devrait cinq sols à l'église Saint-Martin(8). Si, plus tard, il voulait de sa propre volonté s'accorder avec l'église Sainte-Marie ou une autre église, il en aurait le pouvoir.

Tout ceci fut fait en présence de l'abbé dom Ainer(9) qui l'avait lui-même organisé. Pour la dette que devait Raymond Garsie, aujourd'hui moine, l'abbé donna deux bœufs et sept sols. Il fut aussi noté que son fils Arnaud(10), qui voulait aller au Saint-Sépulcre avec d'autres, s'il y parvenait et en raison de l'argent qu'il avait reçu pour son voyage, se démettrait de son honneur dans les mains de son père qui a vendu cette terre pour lui.

· Les pèlerinages à Jérusalem, hors croisade :
(Un autre pèlerin figure dans l'acte n° 86)

Arnaud de Bonnut partit en Terre sainte après la première Croisade. Les récits des premiers croisés entraînaient une exaltation à retardement et l'on savait que ceux qui étaient restés à Jérusalem se trouvaient dans une situation catastrophique. Le pape Urbain II encouragea les chevaliers à repartir, mais l'interdit aux membres du clergé (biblio n° 66). Ces pèlerins hors croisade furent appelés « chevaliers sans avoir » ou « pauvres de Jésus-Christ ».

(1) Raymond Garsie de Bonnut, père du pèlerin Arnaud, puis moine de Sorde.
(2) Castagnède est un quartier de Bonnut. Il y avait là une motte féodale, donc une enceinte avec une porte. On l'appelle aujourd'hui le « Terruc de Montargou » au quartier de Sainte-Marie (biblio n° 1).
(3) Il s'agit du vicomte de Dax.
(4) L’église Sainte-Marie-de-Casted serait l'église Saint-Martin ou Sainte-Mariede-Bonnut. Voir l'acte n° 1.
(5) Boniface de Salies (voir acte n° 61) était le fils de Ot Guilhem de Salies, « Viguier » (voir acte n° 33).
(6) Galin de Puyoo, fils d'Arnaud.
(7) Ot Guilhem de Salies était viguier de Salies (biblio numéros 5 et 9). Avec le comte de Gascogne, Bernard Tumapaler, et le vicomte de Dax, il avait fait une donation à l'église de Sainte-Marie-de-Lescar.
(8) Les églises Saint-Martin et Sainte-Marie sont toutes deux à Bonnut.
(9) Ainer, abbé de Sorde de 1105 à 1118. Voir sa biographie.
(10) Arnaud de Bonnut, fils du moine Raymond Garsie, pèlerin à Jérusalem.


Acte n° 52
(Voir texte en latin)

entre 1105 et 1118

DU DON DE GARSIE R. DE BONNUT

à ?

Garsie Raymond de Bonnut(1), prêtre, avait eu un procès avec l'abbé Ainer. Reconnaissant ses fautes, pour la rédemption de son âme, il donna à Dieu et à Saint-Jean une terre près de la manse de Garsie Aner de Til(2), et une vigne, de telle façon qu'il fut reçu par le chapitre dans notre société et qu'il sera enterré dans notre cimetière. Cela se fit devant dom Ainer, abbé(3).

(1) Garsie Raymond de Bonnut, prêtre puis moine de Sorde, était probablement de la même famille que le moine Raymond Garsie (voir acte n° 51),
(2) Garsie Aner de Til : Til est un fief à Bonnut. Un membre de cette famille avait bâti l'église Saint-Martin-de-Bonnut (acte n° 1). Selon la « Chronique d'Orthe » (biblio n° 32), il était « l'avocat », « l'avoué » ou « le vidame » de l'abbé de Sorde. En tant que tel, il s'occupait des affaires temporelles du monastère et remplaçait l'abbé dans son service de l’ost. Il aurait participé aux Croisades en Espagne avec bien d'autres donateurs mentionnés dans le cartulaire.
(3) Ainer, abbé de Sorde de 1105 à 1118. Voir sa biographie.


Acte n° 140

entre 1118 et 1136

LE DON DE GUILHEM ARNAUD DE BEYRIE

à Beyrie
(canton de Saint-Palais, 64)

Guilhem Arnaud de Beyrie(1) a offert son fils Bernard à Dieu et à Saint-Jean et l'a fait moine en présence de l'abbé G. Martel(2). Il a donné aussi, pour son âme et celle de ses parents, toute la dîme de la terre de Na Sevilié, qu'il avait à Beyrie et la moitié de la dîme d'Eztokié(3) et la moitié de la missécanterie, ainsi qu'une terre qui est près de l'église(4) qu'il possède entièrement jusqu'aux taillis qui sont en dessous pour que Saint-Jean puisse y bâtir une maison ou une celle.

· Une maison ou une celle : les prieurés de Sorde.

Un prieuré est une maison avec une église appartenant à une communauté de religieux. On imagine tout de suite un couvent en miniature. C'est vrai, quelquefois ; pas toujours. Ce n'est souvent qu'une simple maison où les moines peuvent se retirer pour y prendre « des vacances monastiques », soigner des pèlerins, aider et surtout surveiller le travail effectué pour leur compte, plus précisément avant le XlIe siècle, avant que le fermage se payant en nature ne se règle en argent. Ils peuvent y séjourner un ou plusieurs jours. Généralement, ces maisons ne sont pas éloignées de leur abbaye. Il ne faut pas les confondre avec les prieurés clunisiens, parfois fort éloignés de leur maison mère (biblio n° 101).

Pour les repérer dans les textes anciens, il faut chercher les mots « grange », « maison » ou « celle » (un peu comme un cellier, du latin cella). « Tenir une obédience », en signale parfois la présence. Il faut aussi tenir compte de l'environnement : y avait-il une église antique, ou y-a-t-on construit une église nouvelle ? Qui en assurait la cure, périodiquement ou annuellement ? Endroit devait aussi être un lieu de vie de qualité avec des vignes, des vergers, des bois, un moulin... L’évêque y venait-il profiter de son droit d'arcuit (biblio numéros 102, 103 et 104) ?

Les seuls prieurés officiels de Saint-Jean sont ceux de l'hôpital de Sorde et de l'hôpital de Saint-Just-Ibarre en Ostabarret (biblio numéros 14 et 79).

(À Saint-Martin-de-Misson, des prieurs ont été nommés dans une époque postérieure à celle du cartulaire).

À Sorde, le seul prieur hospitalier connu, de 1146, s'appelait Pierre de Montfort, non cité comme moine dans le cartulaire. Cet office est rappelé dans les « Histoires Manuscrites » du XVIlle siècle (biblio n° 44). Une pauvre veuve y gardait cinq lits pour les pèlerins et les indigents de passage. Le prieur disposait de revenus suffisants et d'une borde pour en assurer le bien-être. Il y avait une chapelle puisque l'on y disait la messe pour les pèlerins, d'après les écrits de l'abbé Foix et de Dompnier du Sauviac (biblio n° 29) et un manuscrit de l'abbé Andrieu.

À Orist (voir l'acte n° 25), le moine Garsie Alem tenait l'obédience de l'église prieurale Saint-Pierre entre 1070 et 1100. Sorde payait l'arcuit à l'évêque (acte n° 112).

À Saint-Pandelon et à Bonnut, on ne peut certifier qu'il y ait eu des prieurés, bien que les vilains de Saint-Cricq et de Sainte-Suzanne aient été tenus d'y apporter leur récolte (actes numéros 143 et 148) et que Sorde ait été propriétaire des églises.

À Auribat, le moine Jérémie tenait l'obédience du prieuré Saint-Jean-de-Paulit (acte n° 49). L’abbé de Sorde devait l'arcuit à l'évêque (acte n° 111).

Près d'Orthez, « l'autel de Saint-Jean est à Sainte-Suzanne » dit l'acte n° 181. Sorde tenait la cure dans un endroit idéal : toutes sortes de dîmes diverses, des moulins... Près de la motte féodale, il y avait une église « antique ». Les moines de Sorde y séjournaient certainement. Sainte-Suzanne fut une « grange » jusqu'au 7 mai 1630, au moins. À cette date, noble Jean de La salle, écuyer seigneur de Sainte-Suzanne et de Saint-Pé-de-Léren, y faisait faire des réparations pour le compte de son parent l'abbé de Sorde, Raymond de La Salle de Suffigaray. Mais ce n'était plus qu'une grange et non un prieuré, les moines de Sorde n'étant plus que quatre ou cinq. Le dénombrement de la vicomté de Béarn en 1385 comptait Sainte-Suzanne parmi ses quarante-sept « abbayes laïques ». Cette appellation prête à controverse: ou bien le prieuré a été vendu à des particuliers, ou bien la dîme de l'église a été usurpée (biblio n° 105).

À Beyrie, Sorde avait bien un prieuré, une « celle ». L’environnement était parfait. Le moulin de Bergouey n'était pas loin. Saint-Jean possédait l'église Saint-Julien (actes numéros 79 et 83), la misécanterie et partageait le droit d'élire un chapelain et Parcuit avec le seigneur de La Salle (acte n° 122).

Un peu plus éloigné (mais le pèlerin pouvait profiter d'un gîte d'étape à Beyrie) se trouvait sur le chemin de Compostelle le prieuré-hôpital de Saint-Just. La « petite église » avec les terres, les eaux, les bois et toutes les dépendances avait été donnés à Saint-Jean, en 1135 ou 1136, par noble Pierre d'Uhart (acte n° 87). En 1146, le prieur Bernard de Moliar pouvait y recevoir ses hôtes lorsqu'il y séjounait deux mois par an. Il dirigeait les dix donateries et l'hôpital, tenu comme celui de Sorde par une pauvre veuve. Il avait sa maison et tout le nécessaire fourni par les dîmes en grains divers, avoine pour les chevaux, fèves, agneaux, veaux, porcs et oies (biblio n° 85). Les « Histoires Manuscrites du XVIIIe siècle » citent Saint-Just parmi les bénéfices de Sorde (biblio n° 44).

Et si le pèlerin de Compostelle voulait trouver un autre relais de Sorde avant de franchir les Pyrénées, il pouvait se rendre au prieuré d'Olhonce-Çaro, où Saint-Jean possédait l'église Sainte-Marie depuis le 8 janvier 1120 (acte n° 7). En 1167, un village y avait été construit, ainsi qu'une église à l'emplacement d'une chapelle antique en ruines (acte n° 180).
Le cas de Salies pause un problème : Sorde y possédait « un casal monial » dit l'acte n° 61. Ce terme n'a pas encore reçu d'explication précise. À Salies, Sorde possédait aussi un casal nommé « la Cour de Saint-Jean ». La cour (aula, en latin) est un mot signalant que ce casal appartenait à la maison noble et ecclésiastiquement dynastique des seigneurs barons et abbés de Sorde, des « principes » de Courron par exemple. Faut-il distinguer cette possession particulière des biens de la manse monacale ? Était-ce un prieuré ou une résidence privée de l'abbé ?

· Avec une carte et un compas :

Ce qui va suivre n'appartient pas à l'imaginaire, à la poésie ou à l'ésotérisme. Existence de bâtiments religieux en des lieux favorables aux courants telluriques et placés suivant des tracés géométriques simples (comme le cercle) est un thème connu.

Sachant très bien que nos ancêtres de l'époque féodale ne possédaient pas de cartes, que les dessins des cercles que nous allons faire représentent des distances « à vol d'oiseau », nous serons obligés de constater que cette méthode d'observation apporte des résultats surprenants.

Cette méthode a été utilisée pour la recherche des lieux d'implantations romaines, dont la base de calcul a été un module de 710 mètres (biblio n° 106).

Prenez une carte de la Gascogne maritime. Pointez votre compas sur Sorde et son crayon sur Orist où l'on sait qu'il y avait une chapelle prieurale. Tracez votre cercle. Il passe exactement par Saint-Pandelon où Sorde avait une grange, un grand domaine et où il y avait un hôpital tenu par on ne sait qui.

Puis, tout à fait arbitrairement, vous estimez qu'un homme de l'époque pouvait parcourir, sans difficulté aucune, une distance de 24 kilomètres. En vous référant à l'échelle de votre carte, vous donnez à votre compas l'écartement correspondant à ces 24 kilomètres. Vous tracez un cercle. Il passe exactement, pas approximativement, par Bonnut, Sainte-Suzanne (non par l'église, mais très certainement très près de l'endroit où se trouvait la grange prieurale) et par Beyrie. Quel curieux hasard puisque Sorde possédait une grange à Bonnut, un prieuré à Sainte-Suzanne et une celle à Beyrie.

Il y a plus curieux encore. Pointez maintenant votre compas sur Saint-Just-Ibarre, prieuré-hôpital de Sorde. Vous lui donnez l'écartement exact pour le faire passer par Beyrie. Vous tracez un autre cercle. Il passe par Olhonce !

(1) Guilhem Arnaud de Beyrie, voir l'acte n° 83*. Bernard son fils, moine de Sorde, ne figure que dans cet acte.
(2) Guilhem II Martel, abbé de Sorde de 1118 à 1136.
(3) Le domaine d'Eztokié est cité dans l'acte n° 122.
(4) L’église Saint-Julien-de-Beyrie : Brasc 1er Garsie de Luxe en avait donné la moitié, voir l'acte n° 79. Un quart en avait été donné par Vivien de Gramont, voir l'acte n° 79.


Acte n° 143

entre 1150 et 1167

DES VILAINS DE SAINT-CRICQ(1)

à Saint-Cricq-du-Gave
(canton de Peyrehorade, 40)

Si quelqu'un veut savoir quels rustiques Saint-Jean possède à Saint-Cricq et ce que doit chacun d'entre eux, il le trouvera ici dans cette charte.

Le casal de Doat de La Barrère doit donner dix pains, deux conques d'annone, une poule, dix setiers de pommes, un porc s'il y en a dans sa maison ou dans une autre.

Le casal de Perrou de Mazère doit donner sept pains, deux conques d'annone, un porc s'il y en a dans sa maison ou dans une autre.

Le casal de Sanche Bergon d'Anclade doit donner sept pains, deux conques d'annone, un porc s'il en a dans sa maison ou dans une autre.

Le casal de Sanche de Oled doit donner sept pains, deux conques d'annone, un porc.

Le casal de Guilhem de Anglade doit donner sept pains, deux conques d'annone.

Le casal de Sanche Guilhem de Bilère doit donner sept pains, deux conques d'annone, une poule.

Le casal du Prad six pains, un porc et doit même douze pièces de monnaie de Morlàas pour la terre qui est près de la nasse de Camon au-dessus de la terre cultivée de Cake-Fave et il en est de même pour la terre de Fontaères, et si l'abbé la rendait au rustique, celui-ci devrait alors douze pièces au moins.

Le casal de Sanche de Cerer et de Raymond Falar(2), qui fut chapelain de Saint-Cricq, et d'Amasius, le fils de Sanche, doit donner sept pains, deux conques d'annone, un porc. Le chapelain s'est donné à Saint-Jean pour être curé de Saint-Cricq, et a donné à Saint-Jean un verger au-dessous du champ où il y a deux cents pommiers. Après sa mort, Marchèse la fille d'Auriou, qui fut la fille du curé, et Sanche ont reçu cette terre de l'abbé Arnaud Boniou(3) en fiu et donnent sept pains, deux conques d'annone, un porc.

Le casal de Raymond Brasc et de sa femme Bruna, c'est-à-dire le casal d'Hocui, doit sept pains, deux conques d'annone, un porc.

Le casal de Gassie-Doat de Forcade doit donner sept pains, deux conques d'annone, un porc.

Le casal de Beitloc doit donner six pains.

Le casal dudit Beitloc qui est devant celui de Sanche doit donner six pains.

Le casal de Banias doit donner dix pains, une poule, deux conques d'annone, un porc, dix setiers de cidre.

Le casal de Brocars au Lac(4) doit aussi six pains.

Le casal du Lac doit donner sept pains, deux conques d'annone, un porc.

Le casal de Cise doit donner six pains.

Le casal de Binau doit donner sept pains, deux conques d'annone, un porc.

Le casal de Bornim. doit donner sept pains, deux conques d'annone, un porc.

Le casal de Bonei doit donner sept pains, deux conques d'annone, un porc, et pour trois journades de terre reçues en fiu à l'île(5) proche de la terre cultivée de Saint-Jean, il doit trois pains.

Le casal de Anglars de Trans Fontaères(6) doit donner sept pains, deux conques d'annone et un porc.

Le casal de Case Nave doit dix pains, une poule, deux conques d'annone, dix setiers de cidre et un porc.

Le casal de Camiade doit dix pains, une poule, deux conques d'annone, dix setiers de cidre et un porc.

Le casal de Fontaères doit faire le droit et la loi dans les mains de l'abbé, si un des vilains lui fait injure.

Le casal de Mau-Caur au port de Bilère doit donner dix pains, deux conques d'annone et un porc, mais il est gagé pour deux journades de terre à Monifosse d'une valeur de cinq sols de monnaie de Morlàas que nous devons.

Et il faut noter qu'aucun des rustiques ne doit donner un porc s'il n'en a pas.

Ce sont ainsi tous les rustiques soit leurs treize casals, cinq d'entre eux payent un tribut soit les casals de La Barrère, de Bainas, de Case-Nave, de Camiade, de Bilère, et ils doivent tous payer la dîme, battre le blé sur l'aire et alors l'abbé doit les nourrir. Ils doivent aussi tous les travaux serviles, comme un serf doit à son maître, et aussi les transports avec leurs bœufs jusqu'à Bonut ou Saint-Pandelon(7).

Qu'il soit aussi noté que le verger qui est entre la rive de Benaujes et le casal de La Barrère, le long du chemin qui va au Gave, doit donner sept pains, deux conques d'annone, un porc.

· Les Frères hospitaliers de l'ordre du Temple à Camon :

Trois ans avant la dernière charte du cartulaire datée de 1293, les chevaliers de l'ordre du Temple s'installaient à Camon. Les Templiers tenaient la commanderie de La Torte, près de Dax. Le Frère hospitalier Elie Amanieu affermait pour six ans « toute la maison appelée du Temple de Camon, les terres, les bêtes, les landes, les prés, les eaux... les maisons, les dîmes, les fonds et toutes les autres choses... ». À l'emplacement de Saint-Vincent-de-Bortes, ce relais sur le chemin de Compostelle avait une chapelle Notre-Dame, un cimetière et un bac (biblio n° 109).

(1) Saint-Cricq-du-Gave, voir les actes numéros 16, 23, 81, 144 et 146.
(2) Raymond Falar, curé de Saint-Cricq, voir l'acte n° 68.
(3) Arnaud Il Boniou, abbé de Sorde de 1150 à 1167.
(4) Le Lac est-il près de l'étang de Renquétat, ou à la ferme du même nom ?
(5) Le domaine de L'île existe encore.
(6) Le domaine de Fontaères appartenait au seigneur de Saint-Cricq.
(7) Voir la note explicative de l'acte n° 140.


Acte no 148

entre 1118 et 1290

DES VILAINS DE SAINTE-SUZANNE

à Sainte-Suzanne
(canton d'Orthez, 64)

La villa de Sainte-Suzanne(1) est aussi à nous.

Le casal de Grate Loup donne douze pièces de monnaie de Morlàas en mai, une conque de froment, deux d'annone et une poule.

Le casal de Salaberta(2) donne douze pièces de monnaie de Morlàas, deux conques de froment, deux d'annone, deux poules.

Le casal de La Salle doit douze pièces de monnaie de Morlàas, trois poules.

Le casal de Binau doit douze pièces de monnaie de Morlàas, une conque de froment, deux d'annone, une poule.
Ce que doit le casal de Vinau a été entièrement changé, mais à la demande expresse de dom Gaston, vicomte de Béarn(3), contre deux sols et huit deniers de monnaie de Morlàas à payer chaque année à la fête de l'Assomption de la Bienheureuse Marie. L’acte de ce changement a été fait à Sorde le jour du dimanche de la Translation de saint Benoît, l'an du Seigneur 1270. Et il doit faire le droit et la loi dans la main de l'abbé.

Le (passage laissé en blanc) pièces, une conque de froment, deux d'annone, une poule, mais l'abbé Arnaud Boniou en a vendu la moitié à Bernard de La Cassie(4), pour cinquante-trois sols de monnaie de Morlàas, comme il a été écrit ailleurs. L’autre moitié a été donnée à Saint-Jean par Pierre de Bayonne, le frère dudit Bernard, afin que l'abbé Arnaud Boniou le nourrisse et l'habille pour la vie.

Le casal de Juncar donne douze pièces de monnaie de Morlàas, une conque de froment, deux d'annone, une poule.

Le casal de Pont donne quatre pièces de monnaie de Morlàas, une conque et demie de froment, deux d'annone, une poule.

L'abbé Guilhem Martel et Arnaud de Baigts(5) ont donné une terre à Raymond Martin de Poydemenge et à sa femme Fileta, et ils y ont bâti une maison. Arnaud de Baigts, après sa mort, l'a donnée à son fils nommé Gensac, et il donne six pièces de monnaie de Morlàas, une conque de froment, une d'annone.

Caritou, fille de Sanche Garsie de Vinau, a reçu de Juliana de Salaberta et de son mari, Pierre Trotemike, un casal. Pierre de Jake, fils de cette Caritou, a reçu la moitié de ce casal de son mari Hueli. L'autre moitié, Caritou l'a donnée à Saint-Jean. Cette moitié-là, l'abbé Arnaud Boniou l'a donnée à Pierre de Jaké pour que lui et ses successeurs donnent à perpétuité à Saint-Jean douze pièces de monnaie de Morlàas, une conque de froment, une poule et le droit et la loi.

L'abbé Arnaud Boniou a cédé à Guilhem de Salaberta une terre qui est entre la propriété de Raymond du Faur et Durand de Grateloup, pour vingt sols de monnaie de Morlàas et une conque de froment. Cette terre a été divisée de façon à y faire deux maisons pour que chacune donne dix-huit pièces de monnaie de Morlàas et fasse le droit et la loi.

Il faut ensuite savoir que six de ceux-ci, c'est-à-dire les casals de Grateloup, de Salaberta, de La Salle, de Vinau, de La Cassie et de Vinear doivent porter des mottes de terre pour garnir les parois du canal du moulin, s'ils ont des ânes ou d'autres animaux, ils doivent porter la dîme de Bonnut(6). L'abbé doit les nourrir à l'aller et au retour.

Ils doivent même porter la récolte de Làa et Laneplàa. Ils doivent en outre venir avec leurs fourches et leurs chevaux battre et tourner le blé et l'annone sur l'aire(7).

(1) La villa de Sainte-Suzanne, voir les actes numéros 42, 73, 81, 113, 147 et 181.
(2) Certains casals de cet acte figurent dans la liste des ostaus du Censier de Béarn de 1385 (biblio n° 1) :
— Tuquet de Salaberta, La Salle au quartier d'Aragnon, Vinhau qui est déclaré vide et le Pont.
— Celui du Faur : les propriétaires de cette maison avaient fondé le 17 février 1525 une « prébende », c'est-à-dire un revenu perpétuel versé à l'Église pour que soient dites régulièrement des messes pour les propriétaires défunts ou, en cas de disparition de leur lignée, pour des pauvres de la paroisse. Cette prébende avait été volée par les protestants au profit des habitants de la commune de Bellocq. Jean de Laborde, curé de Lanneplàa, la réclama. Elle lui fut rendue en novembre 1646 (biblio n° 111).
(3) Gaston VII, vicomte de Béarn, de Gabarret, de Brulhois et de Marsan, seigneur de Moncade, de 1230 au 26 avril 1290.
(4) Bernard de La Cassie, aveugle, et son frère Pierre de Bayonne, voir l'acte n° 113.
(5) Arnaud de Baigts, commis de Saint-Jean, voir l'acte n° 29.
(6) Bonnut, voir l'acte n° 140, est à 11 kilomètres de Sainte-Suzanne.
(7) Le prix moyen du fermage d'un casal a été évalué à 29,90 francs de 1924 (biblio n° 45). Le propriétaire se payait surtout en « corvées ». Prêter ses bras coûtait moins cher qu'ouvrir sa bourse, mais était moralement et physiquement très dur.


Acte n° 176
(Voir texte en latin)

sans date

DU CENS ET DE LA DÎME D'ARSAGUE

à Arsague
(canton d’Amou, 40)

Qu'il soit porté à la connaissance de chacun que l'église Saint-Jean-d'Arsague(1), la dîme et la terre près de l'église, terre qui va du Barrat-de-Minvielle en bas jusqu'au ruisseau de l'Ourseau en haut, sont à Saint-Jean-de-Sorde et que tout ce qui est en dessous des dites limites est divisé en deux entre le seigneur de Sorde et le seigneur de Pugro, c'est-à-dire la dîme des casals de Mieibile, Casaus, Berger, Darracq, Morar et Cornau.

(1) À Arsague passe le ruisseau de l'Ourseau, affluent du Luy de Béarn. Le domaine et le seigneur de Pugro sont cités dans l'acte n° 151.

 

Acte n° 177
(Voir texte en latin)

sans date

DE L’ÉGLISE, DE LA DÎME ET DE LA MANSE DE BONNUT

à Bonnut
(canton d’Amou, 40)

Semblablement l'église de Bonnut(1), la dîme de toute la paroisse et la manse de Lebat avec ses dépendances sont à Saint-Jean-de-Sorde. Il est certain que cette manse n'a jamais été donnée en gage ni à aucun homme, ni au vicomte mais que c'est la propriété de Sorde. L’abbé peut disposer des choses de ladite manse quand il le veut ou bien y renoncer s'il lui plaît.

(1) Bonnut : voir les actes numéros 1, 51, 143 et 148.
L’église Saint-Martin avait été construite et donnée à Sorde par le vidame Fort Garsie de Til avant 1105. Bonnut était peut-être un prieuré. Les paysans de Saint-Cricq et de Sainte-Suzanne venaient y livrer la récolte à la manse de Lebat. Une manse était aussi, parfois, une maison où l'on venait payer ses taxes et redevances.