Y a-t-il un tuc à Bonnut ?

NOTE DE CHRISTIAN LAMAISON

 

L’association des aînés ruraux de Bonnut s’intitule pour l’administration et officiellement: « Lou Tuc et l’Oursoo », selon l’orthographe déposée, celle qu’on peut trouver à la Communauté de communes du canton. Comme on doit le dire avec bienveillance, c’est une orthographe « héritée », sur laquelle on ne revient pas en mémoire des fondateurs du siècle passé, même si on sait qu’elle est approximative. Dans un fonctionnement démocratique, cela a une certaine importance, surtout que l’association n’a jamais prétendu être, à ma connaissance, une branche d’une académie qui n’existe d’ailleurs pas.

Dès l’origine, j’avais compris que celui qui m’avait demandé conseil pour l’appellation, il y a une trentaine d’années, voulait me faire agréer l’erreur qui se trouve sur le cadastre Napoléon (1828) dans lequel le Tarruc se nomme le Tucq. Pour lui c’était « historique ».

 

Cadastre Napoléon

Extrait du cadastre Napoléon (1828)

 

L’appellation des géomètres du début du 19e siècle était approximative de même que celle qui a conduit le castrum du Casalot à être nommé « la Redoute ». Or, tout le monde sait que toutes le cartes actuelles, ainsi que le cadastre portent l’appellation de « tarruc ».

 

Catre IGN

Extrait de la carte IGN du 1/25 000

 

Ce qui correspond à ce que les habitants de Bonnut les plus anciens savaient déjà, et depuis toujours.

De plus, si « un tuc » est bien un relief en Gascogne, il n’y a aucun tuc, ni tucòt, ni tuque à Bonnut. Dans les Landes maritimes c’est une ancienne dune, ailleurs, c’est une colline isolée. Un « tarruc » représente toujours un édifice de terre, au même titre qu’une motte en français. L’appellation « tarruc » souligne chez nous le caractère exceptionnel du site historique de Montargou. On peut même dire qu’à l’échelle des cartes de l’Institut géographique national, il n’y a qu’un tarruc en France, le nôtre. Les habitants de Bonnut avaient conservé ce mot, ils l’avaient sauvé de l’oubli.

L’Oursoô

Quant à l’Oursoô, écrit ainsi, correspond à une graphie française juste, le double o accentué de la fin a la même signification qu’à « Puyoô », c’est-à-dire la transcription du diminutif gascon -òu, prononcé [òw]. En linguistique on appelle cela une diphtongue avec vocalisation du « l », c’est ce qui se passe quand Pujol devient Puyoô, et on sait qu’il y a en France des quantités de ce nom qui signifie « petite hauteur » par rapport au « poi » qu’on connaît aussi sous le nom de Pouy, ou Pey, Puy ailleurs, les successeurs du latin podium. On pourrait approfondir ce sujet une autre fois.

Pour notre rivière, il s’agit d’un des multiples cours d’eau nommés Ousse, Ossau, Osse, parfois changés en Ourse par imitation de la bête. Il existe des Ousse partout en Europe, jusqu’en Sibérie, car c’est un nom indo-européen, pré-romain, signifiant simplement « cours d’eau ».

Pour être conséquent, on devrait écrire « Orsòu » en gascon, j’avais moi-même jadis proposé Orsau par imitation de Ossau, je reconnais que je m’étais trompé, peu gravement certes, mais trompé quand même. J’avais rectifié dans une carte de l’association proposée en 1999.

 

Carte de membre 1999

 

Tuc ou Tarruc ?

Si un jour les membres de l’association décident de changer leur appellation distinctive pour marquer leur respect pour l’originalité de leur village, ils devraient écrire, lorsqu’ils admettent de se trouver dans un contexte gascon :

Lo Tarruc e l’Orsòu

Et lorsqu’ils se placent dans un contexte résolument français (le français des arribères) :

Lo Tarruc et l’Oursoô

Attention, l’article « lo » est bien une expression régionale admise, il est inutile de le phonétiser en « lou ».

 

Sinon, si cela doit trop bouleverser les consciences, on peut rester comme c’est depuis déjà… 40 ans ? L’Oursoô ne s’arrêtera pas de couler au pied du tarruc.

 

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Crestian Lamaison, mars 2012.

 

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